Par Elsa Collobert
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L'université sur le chemin de la transition écologique

Poussée par la crise énergétique à accélérer la transition écologique déjà engagée, l'Université de Strasbourg affirme son ambition à travers des mesures concrètes, déclinées dans un plan adopté mardi 13 décembre en conseil d'administration. Ces dispositions concernent aussi bien le cœur des activités recherche et formation, les liens avec la société, que le fonctionnement quotidien.

Avec le texte adopté lors du conseil d'administration (CA) du mardi 13 décembre, l'Université de Strasbourg entend résolument se positionner comme acteur majeur du territoire en faveur de la transition écologique, à travers ses actions pour contribuer à préserver notre planète et lutter contre le réchauffement climatique. Le texte adopté se compose d'un plan de sobriété, répondant à une directive ministérielle, avec pour perspective les deux prochaines années, et d'une feuille de route pour le mandat en cours, jusqu'en 2025.

24 millions de déficit anticipé

Même si la question énergétique ne représente qu'une infime partie du plan, celle-ci se pose d'abord avec acuité au regard de l'explosion du coût de la facture énergétique. Celle-ci pèse fortement sur le budget de l'université, en lien avec les tensions sur l'approvisionnement dues à la guerre en Ukraine. Les dépenses consacrées aux fluides (gaz et électricité) se montent pour 2023 à près de 36 millions d'euros (M€), contre 10 l'an dernier. Ce différentiel correspond peu ou prou au montant du déficit du budget (24 M€) voté pour 2023 (lire encadré).

Nous sommes une université de recherche intensive, avec des équipements spécifiques gourmands en énergie (data-center, 1 200 sorbonnes dans les laboratoires, animaleries, appareils de résonnance magnétique nucléaire, congélateurs à -120 degrés, etc.), a rappelé Michel Deneken lors d'une conférence de presse organisée au lendemain du vote du CA. Le défi est aussi posé par la taille du campus : 153 bâtiments, six campus, 600 000 m2 de surface.

Pour un plan Campus rénovation énergétique

L'État annonce une rallonge budgétaire, mais celle-ci est loin d'être suffisante : sur l'enveloppe totale de 270 M€, 3,7 M€ iront à l'Unistra. L'entretien du bâti pose ainsi la question du soutien de l'État, qui reste propriétaire de la majorité de nos locaux : Comme il y a eu un plan Campus (qui se termine au printemps, doté de 300 M€), il faudrait un plan Campus rénovation énergétique, estimé à au moins 500 M€ sur dix ans, ont alerté les élus et la Directrice générale des services (DGS). Certes, il y a des opérations telles le plan de Relance ou Résilience, mais cela concerne de petits montants et du coup par coup.

En attendant, des mesures concrètes ont été prises depuis la rentrée, comme la baisse du chauffage à 19 degrés, la réduction de la période de chauffe ou encore une fermeture supplémentaire de deux semaines, cet hiver. Nous estimons à 3 % du montant de la facture économisée grâce au décalage de la mise en route du chauffage au retour des congés de la Toussaint, souligne Laurent Schmitt, vice-président Développement durable et responsabilité sociétale (DD&RS). Au total, nous espérons des économies de l'ordre de 10 %. En 2023, une campagne écogestes va être déployée auprès de tous les occupants des bâtiments.

Hiver test

Après cet hiver test et une nécessaire première étape de diagnostic - un bilan carbone est en cours, avec en ligne de mire l'adoption d'un plan de transition bas carbone pour juin 2023 -, il faudra réaliser un retour d’expérience, via des indicateurs chiffrés, précise Valérie Gibert, DGS. On part sur un travail pour les prochaines années. Le bilan carbone sera ainsi renouvelé tous les trois ans. L'enjeu est aussi celui de l'amélioration de la gestion du pilotage des bâtiments, pour une gestion plus fine, ajoute Nicolas Matt, vice-président Patrimoine.

30 postes supplémentaires ouverts au concours en 2023

Pour autant, nous tenons à ne rogner ni sur la formation, avec tous les cours maintenus en présentiel, ni sur l'emploi, avec une campagne d'emplois 2023 ambitieuse, précise encore Valérie Gibert. 137 emplois sont ainsi publiés au concours*, soit 30 de plus qu’en 2022. Cela pour faire face aux enjeux du déploiement de la nouvelle offre de formation, au renouvellement des compétences des personnels, mais aussi pour apporter des réponses à la crise à travers la recherche.

Vers une subvention colocation ?

Toutes les solutions sont sur la table, nous faisons appel à la créativité, l'essence même du travail du chercheur. Ainsi de l'idée d'une subvention pour les étudiants en colocation, potentiellement financée via la Contribution vie étudiante et de campus (CVEC). L'idée est sur la table avec nos partenaires de l'Eurométropole. Ce serait un exemple emblématique d'écologie intégrale, mêlant question financière et bien-être social. La crise nous a montré à quel point celui-ci était important pour les étudiants, beaucoup souffrant d'isolement, a souligné le président de l'université.

La question de l'adaptation du calendrier universitaire est aussi ouverte. Il y a eu un battage médiatique autour de Strasbourg, mais toutes les universités étudient cette option, a tenu à rappeler Valérie Gibert. Le prochain, 2023-2024, sera adopté au printemps. On peut d'ores et déjà dire que les rythmes seront davantage impactés par les nécessités liées aux économies d’énergie. Pour les personnels, le recourt au télétravail rebat les cartes des aménagements du temps de travail. Une concertation doit être menée avec les instances, les personnels, pour étudier toutes les solutions. Il ne faut rien s’interdire.

Ce plan sera co-construit, ce n'est pas qu'un slogan, a aussi souligné Laurent Schmitt, vice-président DD&RS. Dans cette perspective, des chartes (déplacements, achats, numérique, patrimoine, communication) seront établies au premier semestre 2023, dans la foulée du bilan carbone d'établissement, avec un souci constant de l'inclusivité et de l'acceptabilité de la démarche.

Travailler, réfléchir, agir pour l'avenir

Malgré ces perspectives de restrictions, le discours n'est pas dénué d'une note d'espoir. Nous devons faire bien avec moins. Il est permis d'espérer, tout comme le Rhin, qu'étudie Laurent Schmitt, donné pour mort il y a 30 ans, renaît aujourd'hui de ses cendres, a tenu à rappeler Michel Deneken.

L'université doit être le fer de lance des solutions de demain : à l'écoute des besoins de l'industrie et du tissu économique pour les métiers de demain (exemple de la santé numérique), intégrant la dimension DD&RS à tous les niveaux de la formation (initiale, continue, des personnels...), porteuse d'une recherche de pointe pour le développement de solutions (énergie décarbonée, matériaux, création de start-up). On travaille, on agit, on réfléchit pour l’avenir, s'enthousiasme Michel Deneken, résolument optimiste.

Changement de paradigme

Laurent Schmitt complète : Les thématiques de recherche sont déjà en train d'évoluer, comme l'illustre notamment la création de la Fédération de recherche en environnement et durabilité (Fered), les différentes recherches articulées autour des thématiques de la ville durable, de l'eau, de la santé environnementale, des questions énergétiques. Tous ces projets doivent être menés dans une triple perspective pluriannuelle, interdisciplinaire et européen.

Le meilleur remède à l'éco-anxiété : l'éco-action

Depuis quelques années, l'université peut déjà compter sur un service dédié, officiellement structuré il y a un an et adossé au vice-président, ainsi que sur un réseau professionnel très dynamique, avec notamment un espace d'échanges sur Ernest. Le meilleur remède à l'éco-anxiété est bien l'éco-action, conclut le président. Passer de 10 à 2 tonnes de CO2 émis par an par Français, c'est un changement de paradigme. L’université entend jouer tout son rôle dans cette évolution, complète Laurent Schmitt.

* 70 enseignants-chercheurs et enseignants, 67 Biatss

Une facture énergétique qui grève le budget

Le budget prévisionnel 2023 adopté lors du conseil d'administration du 13 décembre l'est pour la première fois en situation de déficit, de près de 24 millions d'euros.

Depuis 2009 et la fusion, une gestion prudente et une situation trésorière saine (comptes budgétaires systématiquement votés en excédent) permettent d'assurer un niveau de trésorerie suffisant pour faire face à cette situation, l'année prochaine.

Tutelle de l'Unistra, le rectorat a autorisé un prélèvement très conséquent sur le fonds de roulement, de plus de 35 millions d'euros. Mais celui-ci est déjà engagé à hauteur de 94 %, la marge de manœuvre est donc faible, souligne Frédérique Berrod. La vice-présidente Finances précise encore qu'il y a une différence entre prévision et exécution budgétaire (vote du budget en décembre année N0, vote du compte budgétaire en mars N+1). Dans cette perspective, la campagne d’emploi votée a été pensée de manière soutenable. Précisons aussi que l'université travaille à faire évoluer ses pratiques, pour faire en sorte de ne pas compter que sur la dotation étatique.

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