Par Elsa Collobert | Frédéric Zinck
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« La démarche DD&RS doit infuser tout l'établissement »

Suite à la création de la vice-présidence Développement durable et responsabilité sociétale (DD&RS) au sein de la nouvelle équipe présidentielle, en mars 2021, et à la constitution d'une équipe dédiée, les projets liés aux enjeux de cette thématique se structurent. Tour d’horizon avec Laurent Schmitt, vice-président, et Claire Iffenecker, responsable de la mission DD&RS.

Comment l’université prend aujourd’hui en compte ces thématiques ?

Laurent Schmitt : Cette prise en compte n’est pas nouvelle à l’université. De nombreux projets ont préexisté, notamment portés de 2019 à 2021 par Alexia Martin au sein de la Direction du patrimoine immobilier (DPI). La mission adossée à ma vice-présidence s’inscrit dans la continuité et est aujourd’hui un organe facilitateur. Cap 2030 a été une prise de conscience forte. Ce sont sur ces questions DD&RS que les personnels se sont le plus exprimés, lors des ateliers et en ligne. Ces différents leviers de transformation ont d’ailleurs été intégrés au Document d’orientation stratégique (DOS) de l’université et dans les axes stratégiques de développement 2024-2028 du Haut conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (Hcéres).

Le monde de l'enseignement supérieur a un rôle clé à jouer dans la transition socio-écologique, d’une part, par la production de nouvelles connaissances, de l'autre, parce que nous formons les professionnels de demain.

Claire Iffenecker : Tout le monde a été marqué par le projet du campus vert et ouvert, inauguré en 2015, des rangées de voitures laissant place à un parc qui étoffe progressivement sa biodiversité. Le datacentre, infrastructure écoresponsable, en est un autre bon exemple. En plus de ces grands projets marquants, financés dans le cadre de l’Opération campus, de nombreuses initiatives, issues de la communauté étudiante, de laboratoires, de services, de composantes, ne cessent de voir le jour.

Comment se structure aujourd’hui la prise en compte de cette thématique au sein de l’Unistra ?

L. S. : Nous travaillons étroitement avec Evelyne Klotz, directrice générale des services adjointe, notamment en charge de la thématique. Pour appuyer nos actions, nous pouvons également compter sur le réseau des référents DD&RS qui couvrent l’ensemble des composantes, laboratoires et services (lire encadré) et travaillent en synergie avec le réseau des référents du CNRS.

Chercher à améliorer les choses sans prendre en compte l’humain n’a pas de sens. Les deux sujets sont étroitement intriqués, ce qui se traduit notamment avec un travail commun avec la vice-présidente Egalité, Parité, Diversité, Isabelle Kraus.

Un comité stratégique DD&RS devrait également être mis en place d’ici la fin de l’année.

C. I. : Aujourd’hui, c'est une équipe dédiée qui fédère la démarche*. Je suis entourée de trois personnes, dotées chacune d'un axe particulier. Le pôle Formation vise à mieux intégrer ces thématiques dans l’ensemble de l’offre de formation de l’université. Le pôle Recherche accompagne les laboratoires de l’université vers les bonnes pratiques. Le dernier pôle est dédié au fonctionnement des campus et aborde les thèmes de la mobilité, de l’énergie comme de la biodiversité.

Pour les sujets en lien avec l’énergie, l'équipe travaille en lien étroit avec l’économe de flux, Arthur Sürig, basé à la DPI.

Pouvez-vous nous citer quelques exemples concrets ?

L. S. : Les composantes sont en train de travailler à la nouvelle offre de formation. Une lettre de cadrage de la vice-présidente Formation et parcours de réussite, Alexandra Knaebel, leur demande d'y intégrer la dimension DD&RS. Une démarche pédagogique est également engagée avec l’Institut de développement et d'innovation pédagogiques (Idip) et la Direction des études et de la scolarité (DES), qui va développer un module à l’attention des étudiants, dont les composantes pourront se saisir si elles le souhaitent. Davantage qu'une sensibilisation, nous n'avons pas souhaité lui donner de caractère obligatoire, cela nous a semblé antinomique avec la démarche.

C. I. : Un important levier identifié est la politique d'achat de l’université. Des clauses existent déjà dans les marchés, mais l’objectif est, là aussi, de faire mieux. Nous avons à ce titre besoin de techniciens qui peuvent nous accompagner, que ce soit sur la question des produits ou des supports de communication comme le papier.
Il y aussi le projet de poursuivre le regroupement des serveurs de recherche. Le plan de sobriété de l’université, actuellement co-construit, permettra d’avoir des axes d’amélioration structurants.

Des exemples de projets structurants ?

Un des grands projets est la labellisation DD&RS de l’Université de Strasbourg

L. S. : Un des grands projets est la labellisation DD&RS de l’Université de Strasbourg. Un projet ample qui se construit avec l’ensemble des acteurs de l’université et que nous souhaitons voir aboutir fin 2023, avec un dépôt de dossier au printemps. Nous recensons à l’heure actuelle l’ensemble des éléments avec tous les acteurs de l’université sur 18 variables stratégiques.
L’expérience de Pierre-Benoit Andreoletti, qui a mené la labellisation de l’Ecole européenne de chimie, polymères et matériaux (ECPM), est un atout. Au-delà du label, c’est un bon moyen pour dresser une cartographie précise de nos actions, découvrir où on est bon et nos marges de progression, dans une démarche d’amélioration continue.

C. I. : Nous venons tout juste, par ailleurs, de lancer le bilan carbone de notre établissement. Il s’agit de collecter toutes les données, avec l'accompagnement d'un cabinet spécialisé. Cela nous permettra de déterminer nos gros postes d’émissions. Nous souhaitons finaliser ce bilan de nos émissions pour le mois de janvier 2023. L'étape suivante : la réunion de groupes de travail pour élaborer des propositions d’actions, qui pourront être déclinées en chartes ou « fiche-actions », sur l’énergie, les déplacements, les achats, le numérique, etc. Enfin, un plan de transition bas carbone sera proposé à l’échelle de l’établissement d’ici juin 2023. Un plan qui se veut souple et doit laisser la place aux nouvelles initiatives. Une démarche adaptative, avec un nouveau bilan tous les trois ans.

* Financée pour moitié sur budget Idex

La fresque du climat : trouver les bons leviers

Plusieurs services de l’université ont déjà participé à la fresque du climat, animée par l’équipe de la mission DD&RS. Lors de son séminaire de rentrée, l’équipe de présidence a également réalisé cet atelier participatif (photo). La fresque du climat est un outil de formation qui permet de mettre tout le monde à un même niveau de connaissance élevé et de trouver les bons leviers d’actions. Mobiliser l’équipe de présidence élargie pour cet atelier a apporté une impulsion politique forte. Une démarche structurante est en cours d’accélération à l’université. Sa réalisation a permis à l’équipe de faire émerger de nouvelles idées sur les axes stratégiques. La dynamique est aujourd’hui lancée. De nombreux services ont depuis fait la demande de réaliser cette fresque. Nous souhaitons également la déployer auprès de la communauté étudiante, explique Claire Iffenecker.

Le réseau des référents DD&RS, quelques chiffres

110 référents DD&RS dans les unités de recherche, les composantes et les services, mais seulement 33 % sont nominés aujourd’hui officiellement

Bio express

Laurent Schmitt est professeur de géographie. Ses travaux, menées au sein d’équipes interdisciplinaires, portent sur la gestion et la restauration durables de fleuves et rivières. Il a été notamment co-directeur du Laboratoire image, ville, environnement (Live) et est responsable de la Fédération de recherche en environnement et durabilité (Fered).

Formée en école de commerce, Claire Iffenecker a accompagné pendant une quinzaine d'années de grandes organisations dans leur démarche de transition. Elle a rejoint l'Université de Strasbourg en avril 2022.

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