Par Elsa Collobert
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Explorateurs et aventuriers de l’IA en route pour tester l’IA souveraine développée à l’Unistra

Une équipe de la Direction du numérique (Dnum), placée sous la responsabilité de la vice-présidente Numérique et simplification organisationnelle, Virginie Zint, et la Direction générale des services (DGS), porte un projet d’expérimentation d’une solution souveraine d’intelligence artificielle générative (IAG). Deux mots d’ordre : indépendance et progressivité. Objectifs, calendrier de déploiement : on vous dit tout !

Pourquoi ?

Que l’on soit techno-geek ou technophobe, personne n’a pu y échapper : l’IA est partout, sur toutes les lèvres. Il était donc essentiel pour l’université de prendre le virage de cette révolution technologique, souligne Valérie Gibert. Piloté par la DGS, aux côtés de la vice-présidence Numérique et simplification organisationnelle, le projet s’inscrit dans une démarche inclusive, « conforme à nos lignes directrices relatives à l'usage de l’IA »

L’ambition première est claire : Garder la main sur nos données, explique Julien Dupré, directeur adjoint de la DNum. Dans la continuité des choix opérés pour d’autres services numériques (tchat, stockage et transfert de fichiers), l’université privilégie des outils souverains, plus exigeants en matière de protection des données que les solutions commerciales.

Pour qui ?

L’intérêt des usagers est avéré : un sondage mené en début d’année universitaire auprès des personnels a recueilli 270 réponses quant à leurs usages de l’IA. Sur cette base, un groupe de bêta-testeurs a été constitué, réparti en deux cercles : les « explorateurs » et les « aventuriers ». La démarche a été lancée lors d’un webinaire, le 3 décembre, en présence des volontaires.

Les explorateurs sont déjà engagés dans la phase de test ; les aventuriers les rejoindront à partir du 12 janvier, sur un périmètre élargi. Pour les fonctionnalités comme pour les usagers, l’idée est de fonctionner par cercles concentriques, précise Julien Dupré.

Quelles fonctionnalités et quel calendrier ?

L’outil, évolutif, monte progressivement en charge. Il repose actuellement sur un modèle conversationnel GPT-OSS, dont l’interface rappelle celle des solutions du marché. Les premières fonctionnalités sont volontairement basiques, puis enrichies au fil du temps.

Cette méthodologie progressive permet à chacun, débutant ou déjà familier de l’IA, d’évoluer dans un environnement adapté à ses usages.

Ont déjà été activés : la recherche web, la synthèse de notes et l’organisation des conversations. Le déploiement se poursuivra au premier trimestre 2026, avec en janvier, le téléversement de fichiers dans les conversations et l’intégration d’un outil de synthèse vocale pour la transcription de réunions et d’entretiens (basé sur Whisper) ; début mars, ces fonctionnalités IA seront intégrées à OnlyOffice et à Moodle. Un premier pré-bilan est prévu le 16 mars, les tests se poursuivant jusqu’en avril 2026.

Cette méthodologie progressive permet à chacun, débutant ou déjà familier de l’IA, d’évoluer dans un environnement adapté à ses usages.

Quels garde-fous ?

La plateforme est développée et hébergée par l’Unistra, dans son propre data-center. L’accès aux conversations et aux requêtes restera strictement privé, assure l’équipe projet, garantissant ainsi la confidentialité des usages.

Quelles performances ?

Nous ne prétendons pas rivaliser avec ChatGPT, Grok et consorts, reconnaît Julien Dupré. L’enjeu est ailleurs : identifier les besoins professionnels propres à l’université, pour développer des applications adaptées aux réalités de l’établissement et des équipes.

La démarche repose sur le learning by doing, nourrie par les retours utilisateurs. Ce qui est attendu de vous : explorer l’outil, évaluer son utilité dans vos activités, proposer des évolutions, encourage l’équipe projet. 

Quel accompagnement ?

Des ateliers hebdomadaires, destinés aux bêta-testeurs, accompagnent cette phase d’expérimentation. Un salon Matrix dédié facilite les échanges quotidiens (signalement de bugs, astuces, questions). Quant à l’espace collaboratif Ernest, il centralise les ressources (documentation, informations générales, rappels d’échéances) et compte déjà plus de 250 inscrits.

Ne laisser personne au bord du chemin

Pour ne laisser personne au bord du chemin, trois permanences hebdomadaires sont aussi proposées par François Schnell au Centre de culture numérique (CCN) : mardis et jeudis de 14 h à 18 h, mercredis de 14 h à 17 h.

Et l’écologie, dans tout ça ?

La sobriété écologique est partie intégrante du projet. La sensibilisation de nos publics en faveur d'un usage raisonné de ces outils représente un véritable enjeu, rappelle Olivier Morisson, responsable du pôle Usagers et qualité. Les outils du marché sont très gourmands en ressources :  à titre comparatif, les cartes graphiques utilisées par l’Unistra affichent aujourd’hui une consommation bien inférieure à celles de Grok, l’IA d’Elon Musk, souligne Morgan Bohn, ingénieur IA. Cette consommation fera l’objet d’un monitoring constant.

Quelques conseils de bon usage

Pour rédiger un bon prompt : la méthode « CARE » (Contexte Action Résultat Exemple)

Laurine Sottani, ingénieure IA, rappelle que pour une recherche web classique, mieux vaut recourir à un moteur dédié. Entraîné sur une base plus restreinte que celle des outils du marché, le LLM (Large Language Model) de l’outil maison, ne sera pas efficient pour répondre de façon pertinente aux questions institutionnelles concernant l’Unistra, si on lui demande par exemple quelle est la politique de télétravail ou les emplacements de ses campus.

De manière générale, on n’utilise pas une Ferrari pour aller chercher le pain, résume Julien Dupré, rappelant la nécessité d’adapter l’usage au besoin.

Universités françaises : la mutualisation au service de l’intelligence collective

L’équipe projet Unistra a rejoint la fédération Iliaas, pilotée par l’Université de Rennes, pionnière sur ces questions avec sa métropole, via le projet RAGaRenn. Objectif : structurer un réseau de l’enseignement supérieur et de la recherche fondé sur l’entraide, le partage et la mutualisation des ressources, notamment les cartes graphiques. À terme, un établissement pourra prendre le relais d’un autre en cas de saturation. Si l’on veut ouvrir l’outil à toute la communauté, il faut d’abord renforcer nos infrastructures, insiste Julien Dupré.

L’Unistra face aux défis de l’IA

Dans l’enseignement, les équipes de direction, les métiers administratifs, la recherche… Depuis au moins deux ans, voire plus, l’IA infuse dans tous les domaines à l’université. Comment cette dernière répond-elle aux défis que pose cette révolution, comment s’en saisissent les acteurs, quelles réponses et processus sont mis en place ? Ingénieurs, chefs de projets, chargés de mission… Savoir(s) le quotidien part à la rencontre de celles et ceux qui sont mobilisés en tant qu’acteurs du changement !

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