Par Marion Riegert
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Aux origines des Jeux olympiques

Série Objectif JO #6. Nés au 19e siècle, les Jeux olympiques modernes sont inspirés de ceux de la Grèce antique. Plongée plus de 25 siècles en arrière avec Dominique Lenfant, professeure d'histoire grecque à l'Université de Strasbourg.

Les Jeux olympiques sont créés en 776 avant notre ère en Grèce, dans le sanctuaire de Zeus à Olympie, qui leur donne leur nom. Ils s’arrêtent en 393 après Jésus-Christ lorsque Théodose, empereur romain chrétien, soucieux de lutter contre le paganisme et son culte du corps, décrète leur suppression. Pour l'essentiel de la période, la cité voisine d'Elis, qui contrôle la gestion du sanctuaire, gère l’organisation des jeux. Elle désigne les juges parmi ses propres citoyens, souligne Dominique Lenfant. Le Trésor du sanctuaire permet, quant à lui, de financer l'organisation. À la suite de son lancement, le concours fait des émules et trois grands autres concours sont créés : les Jeux pythiques à Delphes en l’honneur d’Apollon, les Jeux isthmiques de l’Isthme de Corinthe en l’honneur de Poséidon et les Jeux de Némée en l’honneur de Zeus. À chaque fois les compétitions ont un cadre cultuel.

Sept jours tous les quatre ans

Les festivités se déroulent durant sept jours tous les quatre ans. Il y a cinq jours de compétitions, deux jours étant consacrés aux cérémonies d’ouverture et de clôture. Les jeux sont accessibles à tout homme grec de condition libre. Avant les conquêtes d’Alexandre le Grand, le monde grec s'étend déjà des côtes de la mer Noire à la Sicile. Concurrents et spectateurs viennent de toute la Grèce, des campements provisoires sont installés et tout un commerce se développe autour du sanctuaire. Les festivités ont aussi une dimension culturelle, avec la déclamation d’œuvres littéraires. Les vainqueurs reçoivent une couronne d’olivier sauvage et leur nom est inscrit sur une stèle avec celui de leur cité. Lorsqu’il rentre dans sa cité, le vainqueur reçoit également en récompense de l’argent et des privilèges honorifiques. Les femmes n’ont le droit ni de participer ni d’être spectatrices, elles peuvent néanmoins concourir aux plus modestes Héraia, en l’honneur d’Héra, la femme de Zeus.

4e siècle avant J.-C., vers une professionnalisation

Au 4e siècle avant Jésus-Christ, les athlètes se professionnalisent avec la mise en place d’entraînements réguliers, ce qui nécessite pour eux de ne pas avoir d’autres activités. Le sport est ainsi accessible aux élites, mais aussi aux personnes de condition moyenne disposant de subventions de la part d’associations, de leur cité, ou de sponsors privés. Les gagnants deviennent des sommités qui font des démonstrations. Avec le temps, presque toutes les cités organisent des concours plus modestes, avec des prix à la clé.

Quatre types de disciplines sportives

Quatre types de disciplines sont représentés aux Jeux. Les courses, notamment le sprint de la longueur du stade. Le lancer : de javelot, de disque ou…  de son propre corps (c'est le saut en longueur). S'y ajoutent les sports de combat avec la lutte, le pugilat, un sport très violent où l'on cogne avec les poings, ou encore le pancrace, combat total où tout est permis sauf de mordre et d’enfoncer les doigts dans les yeux. Et enfin, les épreuves hippiques avec les courses de chars, une discipline réservée aux très riches. Pour certaines disciplines, il y a différentes catégories en fonction de l’âge. Plusieurs absences surprendront des modernes. Le marathon n'existe pas : il est introduit pour la première fois dans les JO modernes en 1896, inspiré d'une légende antique. Il n’y a pas de compétition de natation, alors que les Grecs étaient des marins et savaient le plus souvent nager, mais à leurs yeux, c'était un savoir-faire banal et non un sport. Il n'y a pas non plus de compétition de jeux d'équipe, note Dominique Lenfant. Quid de la triche ? Elle existe, mais l’athlète risque gros : le déshonneur et une très forte amende. Au total, sur plus d'un millénaire, très peu de cas sont connus.

Article initialement paru dans le numéro 44 (mai 2022) de Savoir(s) magazine, spécial sport

Le sport en Grèce

En Grèce, il y a une dimension militaire derrière les disciplines sportives et en même temps le sport représente l’exaltation de la beauté physique masculine, un corps musclé au service du prestige de la personne. Il n'y a pas d'équivalent du mot « sport ». Les Grecs emploient le terme « gymnastique », moins restrictif qu’en français, et les athlètes s’entraînent au « gymnase ». Ces termes viennent de gymnos qui signifie « nu », car les disciplines sportives se pratiquent nu. À l'entraînement, les sportifs nouent souvent un cordon autour de leur prépuce et le fixent à une ceinture autour de leur bassin, pour éviter des mouvements intempestifs de leur sexe. Le terme d’athlète, lui, vient de athlon qui désigne le prix qui est l'enjeu de la compétition.

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