Par Elsa Collobert
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Témoignage d'expert #2 « Je sorbonnaille, tu sorbonnailles, nous sorbonnaillons... »

Quel est le point commun entre un biologiste, un chimiste, un médecin, un physicien, un pharmacien ? Au cours de leurs études ou de leurs recherches, il y a fort à parier qu'ils ont au moins une fois manipulé sous une sorbonne. Ces grandes hottes aspirantes fermées sont conçues pour protéger l'opérateur à chaque manipulation d’agent chimique dangereux... Mais mal utilisées, elles peuvent perdre leur rôle de protection, et même devenir inutilement sur-consommatrices d'énergie.

Une sorbonne (de laboratoire) n’est pas une hotte (de cuisine) !, souligne David Hanss, ingénieur prévention des risques au sein du Service prévention, sécurité, environnement (SPSE). Corrosives, irritantes, toxiques, cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques... Les substances manipulées pour les besoins des expériences comportent bien plus de risques que le vinaigre de nos salades ou les jus d’agrumes. Les concentrations et les fréquences d’utilisation seules devraient déjà interroger. Et pourtant…

Cinq fois plus de consommation d’énergie en position ouverte qu’en position fermée

Les consignes ont beau être transmises, répétées et affichées, les mauvaises habitudes s’installent parfois vite et perdurent. L’écran mobile de la sorbonne reste ouvert, par négligence, par excès de confiance. En laboratoire de recherche comme en salle de travaux pratiques (TP), les équipements de protection collective (auxquels répondent les sorbonnes) et les équipements de protection individuelle (lunettes, gants, blouse) sont incontournables. L’aspiration de la sorbonne et le confinement assuré par la fermeture de l’écran mobile préservent des inhalations d’agents chimiques dangereux, protègent également des projections, voire de certaines explosions.

Déperdition d’énergie

La négligence de ces consignes simples de sécurité a également un impact environnemental. Le débit d’extraction d’air d’une sorbonne dont l’écran facial est abaissé est cinq fois inférieur à celui de cette même sorbonne dont l’écran est relevé à 40 cm.

David Hanss souligne toutefois que d’importants progrès ont été réalisés ces dernières années : Les utilisateurs sont beaucoup plus sensibilisés aux risques, dès leur formation, les sorbonnes sont contrôlées annuellement, leur nettoyage effectué dès que nécessaire. Sans compter les progrès techniques réalisés : Le matériel a évolué pour s’adapter aux comportements individuels. Désormais, les débits d’extraction s’ajustent à l’ouverture de l’écran mobile, et les modèles les plus récents les renseignent en temps réel… Mais les 1 200 sorbonnes que compte le parc universitaire ne sont pas toutes de dernière génération !

1 200 sorbonnes à l'échelle de l'université, réparties sur tous les campus

Les bonnes pratiques d’utilisation des sorbonnes transmises et affichées afin de protéger au mieux le personnel présentent (sans en être la raison première) ce double intérêt environnemental. Nos assistants de prévention sont des collaborateurs essentiels à leur partage. Aux côtés du SPSE, de la mission Développement durable et responsabilité sociétale (DD&RS) et du Service de la communication, ils sont depuis la rentrée à la manœuvre pour imaginer un « nudge » afin de rendre les affichages existants plus efficaces. Ainsi est né ce néologisme, ‘sorbonnailler‘. Dans cette tâche, des étudiants de l’Ecole de management (EM) Strasbourg viennent ajouter leurs forces à l’aventure (lire encadré).

Un travail autour des nudges mené avec des étudiants

Dans le cadre de leur cours sur les nudges, des étudiants de master de Philippe Nanopoulos, enseignant à l'EM Strasbourg, prêtent main-forte au Service de la communication, à la mission DD&RS et au SPSE pour imaginer des nudges, destinés à faire évoluer de façon durable les comportements autour des sorbonnes.

Le défi est le suivant : une seule image de 8 cm x 8 cm pour illustrer lorsque je ne manipule pas sous sorbonne = l’écran mobile est totalement abaissé = sécurité maximum + impact environnemental minimum. Un pictogramme qui résume et rappelle à lui seul, en un regard, l’action à réaliser systématiquement. Une fois mise en place, l’action sera évaluée afin de déterminer l’évolution des comportements relatifs à la manipulation des sorbonnes. A suivre, travail en cours...

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