Par Marion Riegert
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Shankar Raman fait rimer littérature et mathématiques

Arrivé récemment à Strasbourg au sein de l’unité de recherche Savoirs dans l'espace anglophone : représentations, cultures, histoire (Search), Shankar Raman rapproche deux domaines en apparence éloignés : la littérature et les mathématiques. Pour ce faire, le chercheur remonte le temps aux 16e et 17e siècles en Europe lorsque ces deux disciplines n’existaient pas encore en tant que telles. Il bénéficie d’une bourse de recherche de l’Institut d’études avancées de l’Université de Strasbourg (Usias) pour rédiger un livre sur le sujet.

Dès ses études, Shankar Raman mêle sciences humaines et sciences et technologies. Né en Inde, il réalise d’abord une licence en électrotechnique au Massachusetts Institute of Technology (MIT) avant de se lancer en parallèle dans des études au sein du département d’architecture de la même école. En Inde, lorsqu’on est un bon étudiant, il faut étudier une discipline raisonnable comme la médecine ou les sciences, sourit le chercheur.

Hésitant entre les deux voies, il poursuit d’abord par un doctorat à l’Université de Berkeley en génie électrique, qu’il arrête au bout de deux ans pour terminer sa formation en littérature anglaise avec un doctorat à l’Université de Stanford. Il étudie alors les liens entre littérature et colonialisme aux 16e et 17e siècles, avec un focus sur l’image de l’Inde.

Un cours faisant dialoguer sciences humaines et naturelles

Embauché comme professeur de littérature au MIT, il s’intéresse ensuite aux savoirs scientifiques des jésuites de l’Est et de l’Ouest. Après une discussion avec deux collègues, nous avons décidé de créer un cours faisant dialoguer sciences humaines et naturelles et plus particulièrement littérature et mathématiques. Avec un focus sur les probabilités.

A cette période, les mathématiques et la littérature n’existent pas en tant que discipline

De ce cours nait l’idée d’un ouvrage sur la relation entre littérature et mathématiques en Europe aux 16e et 17e siècles. A cette période, les mathématiques et la littérature n’existent pas en tant que discipline. Plusieurs transformations qui ont fondé les bases des mathématiques modernes ont eu lieu à ce moment et notamment dans la littérature d’où le titre de mon ouvrage : "Avant les deux cultures", raconte Shankar Raman.

Un avocat à l’origine des symboles dans les équations

Montaigne, Sidney, Shakespeare, Pascal ou encore Descartes ont tous élaboré, mais également remis en question, des formes de raisonnement abstrait qui se sont rapidement développées dans des domaines comme l’arithmétique, la géométrie, l’algèbre, les probabilités et le calcul, poursuit le chercheur. L’occasion d’apprendre aussi que c’est un avocat, François Viète, qui est un des premiers à noter les équations avec des symboles et notamment des lettres. Selon John Wallis, un mathématicien anglais contemporain de Viète, ce dernier en a eu l’idée lors de procès où il simplifiait les noms des personnes par des lettres.

L’Usias va permettre au chercheur de terminer son ouvrage. J’avais visité Strasbourg, lorsque ma femme y travaillait comme chercheuse. A l’Université, il y a un focus fort sur les sciences et les mathématiques avec de solides recherches en sciences humaines. Une combinaison idéale pour Shankar Raman qui souhaite acquérir une meilleure connaissance des textes en France et en Europe.

Trois nouveaux postes de chaires à l'Usias

Trois nouvelles chaires d’une durée de deux ans ont été créées par l’Usias spécifiquement à l’attention de chercheurs strasbourgeois ayant apporté une contribution exceptionnelle dans leur domaine.

Elles couvrent les trois principaux domaines académiques : les sciences humaines et sociales, les sciences de la vie ainsi que les sciences et technologies. Les postes sont nommés en hommage à des universitaires célèbres de l'histoire de l'université de Strasbourg. Pendant leur mandat, les titulaires des chaires rejoindront le Collège des chaires permanentes en tant que membres temporaires.

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