Par Marion Riegert
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La maladie allergie à la loupe

Nez qui coule, yeux vitreux ou encore eczéma… les allergies touchent aujourd’hui 18 millions de Français, soit près d’une personne sur trois. Mais à quoi sont-elles dues ? Quels sont les mécanismes à l’œuvre et quelles solutions ? Éléments de réponse avec Frédéric de Blay, chef du service de pneumologie des Hôpitaux universitaires de Strasbourg et président de la Fédération française d’allergologie.

Expliquez-nous les mécanismes de l’allergie ?

Une allergie, c’est une réaction entre un anticorps (l’immunoglobuline E) et un allergène (glycoproteine) qui se traduit par des symptômes adverses du sujet. Au début du siècle, les chercheurs pensaient que les anticorps servaient à protéger l’organisme, à cette même période, ils découvrent l’anaphylaxie, c’est-à-dire la réaction allergique la plus sévère. Ce n’est qu’en 1967 que l’immunoglobuline E (IgE) est mise en évidence. Cette classe d’anticorps présente chez les mammifères est impliquée dans les réactions allergiques. Concrètement, si un patient possède des IgE dirigées vers un allergène (acarien, chat, aliments, etc…), lorsque ce dernier se fixe sur l’IgE liée à une cellule particulière, une explosion de la cellule a lieu libérant des médiateurs. Cela peut entrainer différents symptômes : asthme, rhinite, urticaire voire un choc anaphylactique pouvant aller jusqu’au décès. Les allergiques ont ainsi un système immunitaire particulier dit T2 et des barrières (cutanées, bronchiques, nasales, oculaires) avec l’extérieur anormalement perméable laissant passer plus facilement les différents polluants dont les allergènes responsables de l’allergie.

Certaines populations sont-elles plus touchées ? Peut-on guérir d’une allergie ?

Plus elles avancent en âge, plus les femmes ont des risques d’être asthmatiques

On nait allergique et on meurt allergique mais la maladie peut s’exprimer à différents âges. Les premiers symptômes apparaissent généralement durant l’enfance. Les garçons sont plus allergiques que les filles avant la puberté et inversement. Plus elles avancent en âge, plus les femmes ont des risques d’être asthmatiques. On observe également un risque d’asthme et d’urticaire plus important chez la femme en période pré-ménopausique. Côté géographie, certains pays, sans que l'on sache pourquoi, sont plus ou moins touchés. Par exemple, la prévalence de personnes allergiques est plus forte dans les pays issus de l’ancien empire britannique (Royaume-Unis, Etats-Unis, Australie…). La prévalence est moyenne en France : 30 % des Français nés après 1980 sont cliniquement allergiques ( rhinite, asthme, conjonctivite...).

Quels sont les degrés d’allergie ? Peut-on être allergique à tout ?

Non, seules certaines protéines sont allergisantes mais pour le moment les scientifiques ne savent pas pourquoi. Une personne ayant un terrain immunitaire propice va avoir tendance à être poly-allergique. Le degré d’allergie peut aussi varier au cours de la vie, avec une diminution des allergies avec l’âge.

Quels sont les outils existants ?

Pour le diagnostic, on peut réaliser des tests cutanés et des tests dosant les IgE, il est ainsi possible de doser jusqu’à 120 allergènes sur un même support. L’IA va dans l’avenir permettre de réaliser des tests cutanés de manière automatisée à l’aide d’une machine. En ce qui concerne le traitement, il y a la désensibilisation. Inventée en 1911, elle consiste à administrer par voie injectable de petites doses d’allergène afin que l’organisme fabrique des anticorps bloquant les IgE. En 1996, la technique a connu une avancée inventée par un Français avec l’administration sublinguale de l’extrait allergénique. Le futur sera probablement la vaccination anti-allergique.

Parlez-nous de l’augmentation des personnes allergiques ? Quelle en est la cause ?

50 % de la population mondiale sera affectée à l’horizon 2050 par des allergies

De 1980 à 2000, les maladies allergiques ont doublé. En Alsace, une étude avait été menée sur le sujet : en 1976, 4,2 % des adolescents de 13 à 14 ans déclaraient avoir de l’asthme, contre 12 % en 1994. En Chine, à la fin des années 1990, la rhinite allergique touchait 2 à 3 % de la population, elle atteint 30 % actuellement. L’Organisation mondiale de la santé prévoit que 50 % de la population mondiale sera affectée à l’horizon 2050 par des allergies. Les causes sont multiples : la vie urbaine, la pollution extérieure (particules diesel), intérieure, la nourriture, le microbiote ou encore le stress maternel durant la grossesse.

Les allergies sont-elles vraiment plus précoces cette année ?

Il est difficile d’avoir un discours général sur cette question. Si l’on regarde les comptes polliniques, qui consistent en l'identification des particules allergènes, en Alsace depuis 30 ans, la concentration d’allergène et la durée de la période allergique ne changent pas. Le début de la période allergène a par ailleurs déjà été observé à cette période de l’année dans cette région. Dans d’autres régions, ces indicateurs se sont modifiés…

Différents travaux sur les allergies menés à Strasbourg

Strasbourg dispose d’une des plus grosses unités d’Europe d’allergologie et fait partie des centres d’excellence labélisés par l’Europe en matière de formation en allergologie, se réjouit Frédéric de Blay. Le chercheur crée en 2013 une chambre d’exposition aux allergènes. Grâce à elle, nous avons pu montrer que l’administration par injection d’anticorps contre l’allergène majeur du chat bloquait la réaction allergique. Et ce durant trois mois.

Le médecin débute un autre projet en 2015, repris par son collègue Nicolas Migueres. J’ai constitué une cohorte européenne de 1 300 patients ayant un asthme professionnel, c’est-à-dire en lien avec leur travail. Elle nous permet de récolter de nombreuses données et ainsi de mieux comprendre les mécanismes impliqués.

Concernant l’environnement intérieur, Frédéric de Blay crée en 1991 le métier de conseiller environnement intérieur, une personne venant à domicile faire un audit de la qualité de l’air. Cela permet d’adapter l’environnement des personnes allergiques. Les données récoltées nous permettront également de mener de nouvelles analyses. Il en existe 200 en activité sur le territoire.

Enfin, l’équipe travaille également sur les allergies alimentaires avec Anaïs Piotin et Carine Metz-Favre. Parmi les personnes allergiques au bouleau, 50 % ont une allergie alimentaire à la pomme et à d’autres fruits. Nous avons remarqué qu’en leur faisant manger des pommes en quantité croissante, cela les amenait à supporter les pommes et pouvoir remanger les autres fruits auxquels elles étaient allergiques. Une brique de plus dans la compréhension des mécanismes à l’œuvre dans les allergies.

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