Comment étudier la Russie sans accès au pays ?
Février 2022, la Russie envahit l’Ukraine. L’évènement entraine une situation inédite pour les universitaires français qui travaillent sur la Russie. Riva Evstifeeva, ingénieure numérique pour le projet ArtAtWar à la Faculté des langues, décide de s’intéresser à la parole de ces chercheuses et chercheurs à travers un podcast de 10 épisodes intitulé « Études russes sans Russie », diffusé à l’automne 2025.
Accès fermé au pays, aux bibliothèques, à la population, rupture des coopérations institutionnelles… la guerre entre la Russie et l’Ukraine oblige les chercheurs travaillant sur la Russie à trouver de nouveau moyens pour l’étudier. J’avais envie de soutenir ces chercheurs, de créer un échange d’expérience
, raconte Riva Evstifeeva, elle-même Russe exilée depuis 2007, et membre de l’Institut indépendant de philosophie, une association russophone qui soutient son projet.
Micro à la main, elle part dès le printemps 2024 à la rencontre de chercheurs parisiens qu’elle interviewe dans leur bureau, chez eux ou même chez elle. Riva Evstifeeva en ressort dix épisodes, neuf interviews et un épisode bonus où deux chercheurs dialoguent, montés par un ingénieur du son.
Le choc de 2022
J’ai choisi uniquement des chercheurs français sans attaches familiales avec la Russie, dont les travaux portent sur l’histoire, la culture, la société et la politique russes
, rapporte la jeune femme surprise par la réserve, la retenue et parfois même la méfiance de ses interlocuteurs. Dans le podcast, ils racontent leurs trajectoires personnelles, comment ils se sont lancés dans les études russes, comment ils vivent ce détachement complet.
Tous évoquent le choc de 2022, une grande perplexité, et un sentiment de trahison par cette nouvelle réalité.
Privés de leur terrain de recherche et de contact avec les populations locales, les sociologues ont été les plus impactés.
Déporté par les autorités russes
Certains chercheurs ont changé de domaine de recherche, d’autres l’ont réorienté. Les spécialistes du passé, en histoire ou littérature, ont pu se tourner vers les fonds conservés en France. Les études slaves étaient concentrées sur la Russie, la guerre a eu pour effet de décentrer le regard et permis d’explorer la réalité d’autres pays de l’ex-Union soviétique ou de la diaspora russophone en France.
Le podcast est aussi l’occasion de découvrir des anecdotes parfois sombres, comme ce chercheur déporté par les autorités russes durant son séjour en Russie. Ou plus légères, à l’image de ce professeur de littérature russe du 18e siècle de la Sorbonne qui gagnait sa vie en étant DJ durant ses études en Russie.
C’est une expérience formidable
, se réjouit Riva Evstifeeva qui rêve déjà d’une deuxième saison avec des chercheurs d’autres coins de France. Adepte de créer des liens entre France et Russie, elle a déjà édité un manuel sur le système académique français pour les nuls à destination des chercheurs russes. Sans oublier des vidéos de chercheurs en littérature russe qui ont recentré leurs recherches sur des fonds français.
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