Par Marion Riegert
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Environnement social et comportement de type addictif, quel rapport ?

Des chercheurs de l’équipe Addictions de l’unité mixte de recherche de Neurosciences et psychiatrie translationnelles (Step - Inserm/Unistra) se sont penchés sur l’influence de l’environnement social sur la consommation d’opioïdes et de psychostimulants dans le cadre de différentes études pré-cliniques.

Actuellement, il n’existe aucun traitement efficace pour les addictions, souligne d’emblée Victor Mathis, qui réalise un postdoctorat aux États-Unis où il travaille sur les circuits cérébraux impliqués dans la rechute provoquée par le stress dans la consommation de cocaïne, avant de rejoindre l’équipe Addictions en 2024 comme chargé de recherche Inserm. Le chercheur s’intéresse désormais à l’impact de l’environnement social sur la prise d’opioïdes et de psychostimulants, dont les mécanismes restent mal compris.

C’est un peu l’œuf ou la poule, alors que l’isolement est un facteur de risque pour la consommation de drogue et la transition vers le trouble d’usage de substances, la consommation pousse à l’isolement. Dans certaines conditions, l’entourage est un facteur aggravant. Dans d’autres, il apparait protecteur de la consommation de drogue, détaille Victor Mathis qui souhaite également mieux comprendre pourquoi la prise de drogue perturbe nos interactions sociales. 

Des déficits sociaux importants dans le sevrage à la morphine

Pour le déterminer, le scientifique est allé voir du côté des mécanismes neurobiologiques sous-jacents. Dans un article publié dans Nature reviews neuroscience en octobre 2025, il montre avec ses collègues du laboratoire les circuits cérébraux impliqués dans les troubles d'usage d'opioïdes. Dans une autre étude, parue le même mois dans Frontiers, les scientifiques observent que sur un modèle murin le sevrage à la morphine provoque des déficits sociaux importants. 

Les syndromes physiques durent une semaine et sont éphémères. Mais une fois cette période passée, les syndromes psychiatriques et psychologiques apparaissent avec un retrait social assez marqué, des animaux qui évitent le contact, s’isolent, pendant au moins trois semaines. L’étude va se poursuivre notamment à travers l’enregistrement de l’activité de certaines régions du cerveau. 

Une expérience de la drogue différente selon la situation

Un autre travail encore porte sur les effets de l’isolement sur l’expérience de la prise de drogue. En cas de consommation de cocaïne, le cerveau ne s’active pas de la même manière si l’animal est seul ou en groupe. De manière très intéressante, ces différences de « réactivité » à la cocaïne s’observent aussi en périphérie, phénomène encore peu étudié. Par exemple, un animal isolé ne présente pas d’hyperthermie lors de prise de cocaïne, contrairement à ceux vivant en groupe. L’expérience de la drogue n’est donc pas la même selon l’environnement social ce qui peut entrainer des besoins différents, notamment des doses plus faibles ou plus fortes pour ressentir un effet équivalent.

Vers un candidat médicament ? Pas forcément, mais nous souhaitons pouvoir proposer des thérapies cognitivo-comportementales en jouant sur l’environnement social, avec des temps collectifs ou plus individualisés, en fonction de la drogue concernée.

Ces connaissances permettent également de faire de la prévention. Plus on sait, plus on a les moyens d’agir, de prévenir l’entourage. Vu l’importance de l’environnement social, ça veut dire que la société a un rôle à jouer, conclut le chercheur.

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