Par Marion Riegert
Temps de lecture :

Catherine Jordy se faufile derrière les façades strasbourgeoises

Une villa de 1872 aux boiseries dessinées par Charles Spindler et occupée un temps par Winston Churchill, le Studium, ou encore le cabinet de curiosité d’un vétérinaire… Catherine Jordy, enseignante en histoire de l’art à l’Université de Strasbourg, se passionne pour les intérieurs strasbourgeois. Un intérêt qu’elle partage avec ses étudiants et dont elle fait des livres. Le dernier, « Les charmes discrets de Strasbourg », réalisé avec le photographe Christophe Hamm, est paru fin 2025.

D’autant qu’elle s’en souvienne, Catherine Jordy a toujours aimé visiter les intérieurs. J’allais souvent aux musées, dans les châteaux… Je viens d’un milieu modeste, je n’avais pas l’habitude de ces décors. En 2014, suite à une première commande d’un éditeur, elle commence à passer les portes des particuliers strasbourgeois. Mais tout ne rentre pas dans l’ouvrage et l’enseignante en quête de beauté décide de s’attaquer à un second volume composé de 22 lieux, de différents styles et différentes époques. 

Des lieux privés qu’elle repère depuis l’extérieur lorsqu’elle « grenouille » dans les rues de Strasbourg, ou via le bouche-à-oreille. Je recherchais des intérieurs patrimoniaux qui racontent des vies, dénotent parfois. Des sortes de musées d’ambiance habités. Sans jamais être dans le voyeurisme ou l’exhibitionnisme, souligne Catherine Jordy qui précise que les habitants ne sont pas toujours faciles à convaincre.

Une maison de 1290

Mais aussi des lieux « officiels » comme le Studium, le Cosmos ou encore l‘église orthodoxe de Tous-les-Saints de Strasbourg... Je voulais montrer autrement ces endroits dont les gens ne connaissent souvent que l’extérieur.

Elle devait être transformée en complexe de luxe

Durant les séances de prise de vue, le lieu est immortalisé tel qu’il est. Il y a peu de personnages, hormis des animaux. Les textes qui accompagnent les clichés présentent l’histoire du lieu à travers son regard d’historienne de l’art. Avec des anecdotes comme le sauvetage encore en cours d’une des plus vieilles maisons de Strasbourg datant de 1290. 

Elle devait être transformée en complexe de luxe, mais lors des travaux, des peintures murales ont été découvertes stoppant le chantier. La maison appartient désormais à la ville et est occupée par des associations.

Sauvegarder le patrimoine

Ou encore la présentation de l’appartement d’un photographe de renom dont elle avait eu la chance de découvrir l’appartement parisien sans savoir de qui il s’agissait, alors qu’elle était jeune étudiante. C’est une photographie 3D. Il voit et pense en photographe. L’occasion de découvrir un instrument de dentiste devenu lampe ou des ossements en guise de décoration au sol. 

Sans oublier le bazar oriental d’une documentaliste à la mémoire d’éléphant. Sa mère a fui pendant la guerre laissant tout derrière elle et avait décidé de ne rien accumuler. Désormais, la fille garde tout, raconte Catherine Jordy qui évoque des univers poétiques. Il n’y a pas que des gens aisés. Ce sont avant tout des passionnés, qui ont consacré ce qu’ils avaient à chiner et détourner des objets prêts à être jetés pour en faire des œuvres d’art.

« Connaître, c’est reconnaître »

Un véritable travail de mémoire pour l’enseignante, qui martèle à ses étudiants : Connaître, c’est reconnaître. Je suis inquiète pour la survie du patrimoine. Ce livre est une façon pour moi de le préserver, de défendre des choses qui peuvent disparaître, conclut Catherine Jordy qui n’a pas éclusé, et de loin, ce qu’il y a à voir dans cette ville. L'enseignante a déjà comme projet de s’intéresser aux collectionneurs et aux ateliers d’artistes.

Catégories

Catégories associées à l'article :

Changer d'article