Un atelier d’écriture pour découvrir l’Elsau à travers le regard de ses habitantes
Charlotte Joumier, chargée d'ingénierie de formation continue – international à l’Université de Strasbourg, a animé un atelier d’écriture avec des femmes de l’Elsau pour montrer une autre facette du quartier. Les textes ont été compilés dans un recueil imprimé à 200 exemplaires et distribué gratuitement dans différents lieux de Strasbourg dont l’université.
D’autant qu’elle s’en souvienne Charlotte Joumier a toujours aimé écrire. J’avais envie de plus en plus que ce soit une partie importante dans ma vie
, rapporte la jeune femme, titulaire d’un master en littérature, qui travaille pendant quatre ans dans l’édition, avant de poser ses valises à l’Université de Strasbourg.
En 2024, elle obtient un financement avec l’Atelier Na, un collectif d’architectes et de designers strasbourgeois, dans le cadre de Strasbourg Capitale mondiale du livre pour élaborer un atelier d’écriture. Atelier pour lequel elle s’associe avec Sarah Bordel, une membre du collectif, qui a notamment mené un projet d’étude sur la place des femmes dans le quartier de l’Elsau. Leur idée ? Valoriser un quartier méconnu. Le montrer à travers le regard de ses habitantes.
Raconter son quartier
Trois ateliers de deux heures sont proposés dans le tiers lieu le P’tit Labo, aménagé par l’Atelier Na, les samedis après-midi en mars 2025. Le thème, « Raconter son quartier », ouvre le champ des possibles. A la fois facile, parce qu’on connait son quartier, on y vit chaque jour. Et difficile pour les mêmes raisons, c’est à la fois trop large et trop personnel, il faut trouver par où commencer.
Durant les ateliers, auxquels participent quatre femmes âgées de la vingtaine à la cinquantaine, différents angles sont proposés. La première impression de l’Elsau
, pour celles qui n’y sont pas nées, ou l’Elsau pour moi c’est…
, pour celles qui y ont grandi. Il y a aussi leur endroit préféré, comment elles imaginent le quartier dans 15, 100 ans, et enfin, écrire à partir d’une image de leur choix.
Avoir le même espace pour s’exprimer
Chaque atelier débute par un temps de discussions. Le plus dur a été pour moi d’arrêter ces temps. C’est la première fois que je gère un atelier d’écriture.
Les participantes ont ensuite 20 minutes pour rédiger un texte qui est lu, avant de passer à un autre angle. Certaines écrivent comme elles pensent, par à-coup, d’autres ont besoin de plus de temps. L’intérêt de l’écriture c’est que chacune ait le même espace pour s’exprimer.
« Ça donne un autre regard et permet de confronter les visions »
Ce qui l’a marquée ? Lors du deuxième atelier, une participante, victime de harcèlement, écrit un texte avec une perception très négative de l’Elsau qui tranche avec celle des autres. Ça donne un autre regard et permet de confronter les visions.
Une maison d’édition associative
Les textes sont ensuite auto-édités à 200 exemplaires, tout en gardant l’anonymat de leurs autrices. Associations féministes strasbourgeoises, bibliothèques, université... le livret, intitulé Raconter l’Elsau, est distribué gratuitement par Sarah Bordel dans différents lieux de Strasbourg. J’ai pris le parti de corriger les textes le moins possible
, souligne Charlotte Joumier, qui précise que les dessins sont réalisés à la gouache par Alexiane Magnin, illustratrice strasbourgeoise.
Charlotte Joumier envisage de faire d’autres ateliers dans d’autres quartiers. Véritable touche-à-tout de l’écriture, elle a aussi créé avec Alexiane Magnin une maison d’édition associative, Alphonse & Colette, fin 2025. Nous souhaitons publier des albums jeunesse, à raison de un par an
. Le premier, Le Sauvetage d’Alphonse, vient tout juste de sortir.
Plongée dans le recueil « Raconter l’Elsau »
Balades le long de la rivière vue à travers les cinq sens, retour dans l’Elsau des années 1970 à partir d’une carte postale d’époque… le recueil nous plonge dans l’imaginaire de ses habitantes. La dizaine de textes est marquée par différents styles d’écriture : certains sont courts, parfois hachés, d’autres longs, d’autres encore utilisent des rimes. L’occasion de partager des moments de joies, mais aussi de peines, à l’image de cette habitante qui raconte le harcèlement, les coups, la solitude. Un texte dont la tristesse est accentuée par une mise en page sur fond noir. Sans oublier, des projections vers l’avenir, à court terme, avec des souhaits pragmatiques comme le prolongement des pistes cyclables, ou la mise en place de poubelles enterrées. Mais aussi l’Elsau du futur qui suffoque sous la chaleur en 2052, avant de trouver un nouvel air grâce à la végétation, pour finir par devenir en 2101 l’exemple à suivre. Le premier quartier oasis de Strasbourg.
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