Par Clémence Bohn
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L’expérience scientifique et humaine en terre Adélie de Téo Barracho

Certains voyages ne vous laissent pas de glace. C’est le cas pour Téo Barracho, doctorant à l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC-Unistra/CNRS), qui s’est rendu par deux fois en terre Adélie dans le cadre de ses recherches sur les manchots. Récit d’une expérience scientifique et humaine au sud du cercle polaire.

La chaleur de son accent du sud contraste avec son sujet de recherche : le manchot Adélie. Téo Barracho, passionné d’ornithologie et doctorant au Département d’écologie, physiologie et éthologie de l'IPHC depuis 2021, étudie au sein de l’équipe de la chercheuse Céline Le Bohec, l’adaptation des vertébrés marins aux changements environnementaux.  Il a ainsi eu la chance de partir à deux reprises en mission d’étude des manchots en terre Adélie, dans la station Dumont d’Urville gérée par l’Institut polaire français Paul-Emile Victor (Ipev).

Je suis parti à chaque fois pendant la campagne d’été, entre le mois d’octobre et le mois de mars, car c’est la période de reproduction des manchots, explique Téo. Sur place, accompagné d’une biologiste-vétérinaire, il marque les nouveaux manchots d’une puce d’identification afin d’assurer le suivi à long terme des individus. Habituellement, on marque les oiseaux avec des bagues. Mais avec les manchots ce n’est pas possible car cela diminue leur taux de survie. On utilise donc des puces d’identification RFID, comme celles des chiens et chats, poursuit le doctorant.

Des conditions climatiques parfois difficiles

Il y a parfois des tempêtes à 170 km/h ! Là on ne peut plus travailler

Les antennes de détection placées sur le chemin des manchots enregistrent leurs passages, ce qui permet de mesurer des taux de survie ou de fécondité. On s’occupe également de vérifier l’état des antennes et on en déploie de nouvelles pour explorer la dispersion des individus vers de nouvelles colonies. Une tâche que le doctorant doit effectuer malgré des conditions climatiques parfois difficiles. Il ne fait pas si froid pendant la saison estivale, entre – 5°C et 2°C, et généralement plutôt ensoleillé. Mais quand le vent se met à souffler, ça devient compliqué. Il y a parfois des tempêtes à 170 km/h ! Là on ne peut plus travailler.

Outre le suivi à long terme des individus, Téo cherche à recueillir des données plus spécifiques sur le comportement des manchots sur leurs sites d’alimentation en mer. Certains oiseaux dont on connait le profil, sont équipés de loggers, appareil enregistrant des données GPS, de plongée, et d’accélérométrie. Ces informations permettent in fine d’analyser l’impact des changements environnementaux sur les individus puis les populations.

Ces données, et notamment les données GPS, peuvent par exemple servir à la création d’aires marines protégées, où la pêche et les activités de tourisme sont strictement limitées. Le doctorant finalise actuellement l’interprétation des données. Rappelant que certaines populations ont fortement décliné au cours des dernières décennies, il espère que ses conclusions apporteront des pistes de solutions pour la préservation des colonies de manchots.

Une expérience scientifique incroyable

Vivre à proximité des oiseaux, c’était incroyable. On peut avoir un nid de manchot à deux mètres de son lit !

Ouverte depuis 1956, la station scientifique Dumont d’Urville est située au milieu des colonies. Vivre à proximité des oiseaux, c’était incroyable. On peut avoir un nid de manchot à deux mètres de son lit !, raconte Téo. Pour y arriver, le doctorant a pris l’avion jusqu’en Australie, puis l’Astrolabe, un brise-glace qui traverse les 40e rugissants et les 50e hurlants cinq fois par an jusqu’en terre Adélie pour ravitailler la station et déposer les passagers. J’ai eu le mal de mer pendant les six jours de traversée. C’était horrible. Mais à l’approche du continent, quand le calme revient, on distingue les îlots rocheux qui se détachent dans le paysage blanc. C’est magnifique, et on oublie vite le mal de mer.

S’il le peut, Téo souhaite retourner en mission en terre Adélie, après sa thèse. Ce n’est pas seulement une expérience scientifique incroyable, c’est aussi une expérience humaine exceptionnelle. La station accueille en moyenne une cinquantaine de personnes pendant les campagnes d’été. On est tout le temps tous ensemble. On dort dans des dortoirs et on prend nos repas dans une salle commune sur de grandes tables. Les relations qui se créent sont très vite très intenses. Une proximité avec les animaux et avec les humains que Téo n’est pas prêt d’oublier. Le travail est dur et fatiguant. Mais il suffit de lever la tête pour savourer la chance d’être là.

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