Racisme : des biais implicites à une organisation sociétale
Dans le cadre de la Semaine d'éducation et d'actions contre le racisme et l'antisémitisme, qui a lieu du 21 au 28 mars, la mission Égalité et diversité a proposé un ciné-débat autour du documentaire de France télévisions : « Sommes-nous tous racistes ? ». L’occasion d’échanger sur le sujet avec Arnaud Stanczak, chargé de mission Egalité parité diversité et enseignant-chercheur contractuel au Laboratoire de psychologie des cognitions, qui mène des recherches sur les discriminations.
C’est quoi le racisme ?
Il y a différentes dimensions de ce que l’on appelle racisme. C’est une interaction entre les croyances que l’on a sur les caractéristiques, réelles ou supposées, des groupes d’appartenance ethnique et l’organisation de notre société, qui véhicule ces croyances. Même si les manifestations du racisme ont beaucoup évolué au fil du temps, entre la période coloniale et aujourd’hui, elles reposent principalement sur un rapport de domination d’un groupe social sur un autre.
Il se fonde sur le principe de races ?
Les premières définitions du racisme s’appuient sur une dimension biologique selon laquelle il existerait des « races d’humains » différentes, dont certaines auraient un bagage génétique supérieur à d’autres. Le racisme a toujours tenté de s’appuyer sur ces fondements scientifiques pour prouver que la domination des personnes blanches est indéniable et « naturelle ». Prenons la phrénologie. Cette théorie pseudo-scientifique du 19e siècle faisait l’hypothèse que les fonctions cérébrales pouvaient être évaluées en mesurant la forme de la boîte crânienne (la fameuse « bosse des maths »). Elle a surtout été mobilisée pour justifier des traitements inégalitaires envers les personnes noires, perçues comme moins intelligentes et plus dociles. Aujourd’hui, on continue d’observer des tentatives d’essentialisme biologique dans certains discours scientifiques.
Comment le racisme se traduit-il au quotidien ?
Le racisme se répercute à différents niveaux. Au niveau individuel, nous avons tous des biais implicites qui proviennent de la manière dont notre cerveau traite rapidement et en grande quantité les informations qui nous entourent. Ce traitement est aussi influencé par la famille, les réseaux sociaux, l’école, qui alimentent notre environnement de stéréotypes (un ensemble de croyances sur un groupe) et de préjugés (des réactions affectives liées à ce groupe).
Pour les personnes racisées, le racisme quotidien peut se caractériser par des vécus discriminatoires variés : nom de famille mal prononcé, personne confondue avec une autre de la même origine, suspicion d’être plus violent ou moins compétent… La répétition de ces micro-agressions crée un sentiment de rejet par l’institution et les autres. L’enquête Acadiscri, menée dans plusieurs universités dont celle de Strasbourg, montre qu’elles ont un impact néfaste sur le bien-être et les trajectoires des étudiants et des personnels racisés. Enfin, au niveau de la société, le racisme se diffuse de façon systémique à travers le traitement médiatique de certains sujets, la représentation des groupes minoritaires ou encore dans les institutions. Avec des discriminations lors du recrutement, de l’éducation, dans le milieu de la justice, dans l’accès aux soins et au logement.
Sommes-nous vraiment tous racistes ?
Oui et non. Nous sommes tous concernés en tant qu’individus par les biais implicites et socialisés dans une société qui véhicule une norme de « blanchité ». Mais le racisme n’est pas que la somme des vécus individuels. C’est aussi un phénomène consécutif de choix politiques et historiques qui organisent la société dans des rapports de domination. La bonne nouvelle, c’est que ce n’est pas immuable. A titre individuel, prendre conscience de ses biais nécessite de les identifier, de comprendre comment ils fonctionnent puis de les déconstruire. Au niveau de la société, les choses peuvent bouger de différentes façons, par les lois, ou encore la sensibilisation et la mobilisation.
Le ciné-débat en bref
Organisé le lundi 16 mars, de 17h à 19h, dans l'amphithéâtre Alain Beretz, le ciné-débat a réuni plus de 80 étudiants, étudiantes et personnels de l’université. Objectif : dans la continuité du ciné-débat sur les masculinités toxiques organisé en novembre 2025, poursuivre la sensibilisation aux discriminations. Avec au programme, la projection, durant une trentaine de minutes, d’extraits du documentaire de France télévisions : « Sommes-nous tous racistes ? », présenté par Marie Drucker et Jamy Gourmaud,.
Un temps d’échanges a ensuite été proposé avec plusieurs intervenantes de l’Université de Strasbourg. Florence Spitzenstetter, spécialisée en psychologie, a notamment abordé la question des biais implicites. Hanane Karimi a, quant à elle, évoqué les enjeux liés à l’islamophobie ainsi qu’aux discriminations de genre et d’appartenance religieuse. Enfin, Gaëlle Talbot, directrice adjointe à la Direction des relations internationales, a mis en lumière les difficultés rencontrées par les étudiants internationaux, notamment pour appréhender les codes et les usages langagiers.
Mission Egalité et diversité, un guichet unique pour les signalements
La mission Egalité et diversité coordonne des actions de prévention, de sensibilisation et de lutte contre les violences et les discriminations, et œuvre pour l'égalité entre toutes et tous au sein de l'établissement. Elle s’inscrit dans une démarche globale, cohérente et structurée visant à promouvoir l'égalité entre les femmes et les hommes et à prévenir l'antisémitisme, le racisme et les discriminations. Elle assure également le traitement et le suivi des situations qui lui sont signalées.
- Il est possible de saisir la mission Egalité et diversité via une adresse de messagerie unique : signalement@unistra.fr.
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