Par Marion Riegert
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Maltraitance animale et végétale : quand la nature maltraitée devient maltraitante

« Maltraitances animales et végétales : quelles résiliences possibles ? », c’est sur cette question que se sont penchés des chercheuses et chercheurs de différentes disciplines à l’occasion de journées d’études axées sur les mondes germaniques et nord-européens.

Pourquoi

Le futur axe 2 de l’unité de recherche Mondes germaniques et nord-européens s’orientera autour des défis des humanités environnementales, repenser les relations nature/culture depuis le 18e siècle. La question de la relation humain/non humain se pose aujourd’hui avec acuité et comporte une forte dimension éthique, souligne Aurélie Choné, directrice adjointe de l’unité de recherche, qui précise que les journées d’études, organisée avec le soutien de l’Institut thématique interdisciplinaire Littératures, éthique et arts (Iti Lethica), avait pour objectif d’impulser la dynamique de ce nouvel axe.

Le sujet

Le sujet de la maltraitance est plus que jamais d’actualité, en particulier celui de la maltraitance animale. Traiter ensemble, dans un même mouvement, les maltraitances animales et végétales, a bien sûr quelque chose de provocateur, car la maltraitance est associée à la souffrance, et la souffrance végétale en tant qu’expérience consciente n’est pas reconnue par les scientifiques, tandis que la souffrance animale l’est depuis plusieurs siècles, explique Aurélie Choné.

Nous entendons le végétal en tant qu’écosystème, une globalité dans laquelle vivent différentes espèces

Le terme maltraitance est entendu en lien avec la souffrance. Une souffrance admise dans le débat animal mais pas pour le végétal. Nous entendons le végétal en tant qu’écosystème, une globalité dans laquelle vivent différentes espèces. Mettre le feu à une forêt, polluer l’environnement, abattre un arbre… peut être considéré comme de la maltraitance. C’est une question qui intègre des notions de subjectivité et des débats éthiques, poursuit Aurélie Choné évoquant une science en train de se faire, avec des avancées différentes en fonction des pays.

Qui

Pour évoquer ce sujet, 13 intervenants dont plusieurs doctorants de Strasbourg et du Grand Est, de différentes disciplines, littéraires, artistiques, historiques, juridiques, religieuses… se sont réunis. Nous avons peu l’occasion de travailler ensemble, de manière interdisciplinaire, au sein des études germaniques et nord-européennes. Nous voulions ainsi souder les forces locales, chercheurs et doctorants, et initier de nouvelles collaborations.

Quoi

Différentes problématiques ont été abordées par les intervenants. Le lien entre maltraitance du vivant et sexisme. La question de la chasse et de la masculinité. Des questions épistémologiques aussi avec la problématique de la classification du vivant. Sans oublier l’abattage rituel. Certaines études disent que l’animal souffre, d’autres que non, précise Aurélie Le Née, maitresse de conférences au sein de l’unité de recherche Mondes germaniques et nord-européens.

Nous avons besoin de l’altérité des autres espèces, animales et végétales 

La question de l’élevage est aussi évoquée. Par exemple celui des rennes en Laponie. Nous avons une vision idéalisée des rennes que nous imaginons à l’état sauvage alors qu’il existe des élevages équivalents à ceux des porcs en Bretagne, surveillés par drones, rapporte Aurélie Le Née, après avoir entendu la communication d’Alexandre Zeitler, doctorant au laboratoire. Tout cela a des répercussions psychologiques sur les individus à l’image de l’éco-anxiété. Tout est interdépendant : nous avons besoin de l’altérité des autres espèces, animales et végétales ; si nous détruisons – nous humains – cette biodiversité, nous faisons disparaître cette altérité et mettons par là-même en danger l’espèce humaine, conclut Aurélie Choné. La nature maltraitée devient maltraitante...

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