Par Marion Riegert
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Développer une activité physique adaptée pour les troubles du périnée

Doctorante et enseignante en activité physique adaptée, Marie-Anne Jean s’intéresse d’abord au rapport entre activité physique et endométriose, avant d’élargir sa focale en novembre 2025 aux troubles du périnée. Le tout, dans le cadre d’une thèse au Laboratoire interuniversitaire des sciences de l'éducation et de la communication (Lisec – Unistra / UHA / Université de Lorraine). Objectif : mettre en place une activité physique adaptée dédiée.

Alors qu’elle est en licence de Sciences et techniques des activités physiques et sportives (Staps) à Evry, Marie-Anne Jean se rend compte qu’il n’existe pas d’activité physique adaptée* pour les personnes atteintes d’endométriose. Elle souhaite se pencher sur le sujet en master, mais cela n’a pas été accepté, j’ai donc opté pour cancer et sport.

Son diplôme en poche, loin de se décourager, la jeune femme se lance dans le monde du travail où elle officie en tant qu’enseignante en activité physique adaptée, tout en recherchant des financements pour réaliser une thèse. En 2023, sur le site d’EndoFrance, association française de lutte contre l’endométriose, elle découvre le projet « Crescendo, le sport pour gérer les symptômes de l’endométriose » sur lequel travaille Géraldine Escriva-Bouley, alors chercheuse au Lisec, et enseignante à l’Université de Haute Alsace (UHA).

De l’endométriose aux troubles périnéaux

Marie-Anne Jean la contacte et obtient un poste d’ingénieur d’études. Un programme avait été mis en place pour des patientes atteintes d’endométriose. Notre rôle était d’analyser les résultats afin de voir les effets de l’activité physique adaptée sur la maladie. Les analyses sont toujours en cours.

Fin 2025, Marie-Anne Jean déniche enfin un financement régional qui lui permet de débuter sa thèse intitulée « Prise en charge des troubles du plancher pelvien : étude du rôle des variables psycho-sociales, liées au comportement de santé, à l’activité physique adaptée et à l’éducation ». 

J’avais déjà beaucoup travaillé sur l’endométriose, j’ai voulu élargir mes recherches en me penchant sur les problèmes liés au périnée comme les douleurs pelviennes, les prolapsus, ou encore les fuites urinaires et fécales, toujours en lien avec l’activité physique adaptée. Un sujet peu étudié de manière globale, mais plutôt via des études spécifiques sur un aspect comme périnée et yoga, périnée et Pilates ou encore en lien avec la sédentarité.

Élaborer un programme d’activité physique adaptée

Sa thèse se déroule en deux temps. Un premier, consacré à l’étude des variables psycho-sociales sur le recours aux soins. Cette étude va montrer en France ce que les gens pensent de la rééducation du périnée, leur intention de se faire soigner pour leurs troubles et leur perception de l’activité physique et du périnée.

Pour ce faire, une enquête a été lancée pour laquelle la doctorante aimerait obtenir au moins 2 000 réponses. Je demande par exemple aux répondants, qui peuvent être des hommes ou des femmes, s’ils ont eu recours aux soins, s’ils ont confiance dans les soins. Sans oublier des questions sur la connaissance du périnée ou encore leurs symptômes et comment cela impacte la qualité de vie.

L’activité physique adaptée pour le périnée n’est pas encore développée, tout reste à construire

Le second temps portera sur la mise en place d’un volet interventionnel en Alsace. En nous appuyant sur les réponses au questionnaire et une intervention pilote menée début 2025 , nous allons élaborer un programme d’activité physique adaptée qui sera testé. Il comportera une séance hebdomadaire d’activité portant sur la stabilisation du tronc, une méthode décrite mais peu testée, et un volet d’éducation sur le planché pelvien une fois par mois. Avec une évaluation des participantes, idéalement une centaine, avant/après. L’activité physique adaptée pour le périnée n’est pas encore développée, tout reste à construire, sourit Marie-Anne Jean.

*L’activité physique adaptée (APA) est prescrite sous forme de programmes structurés et limités dans le temps d’exercices physiques dispensés par un professionnel de l’APA

De la théorie à la pratique : « Bougez avec l’endo »

En parallèle de ses activités de recherche, depuis 2023, Marie-Anne Jean mène aussi une activité d’entrepreneuse. Elle a ainsi créé des cours d’activité physique adaptée « Bougez avec l’endo ». Cela me permet de faire le pont entre le travail de recherche et le côté interventionnel et d’avoir un énorme réseau de professionnels bénéfique à mes travaux de recherche. Par cycles de trois mois, elle accompagne durant ses cours à distance cinq femmes dans leur remise en mouvement. La visioconférence est plus confortable d’après elles. Il y a une à deux séances individuelles par semaine et un cours collectif, sans oublier l’aspect soutien, motivationnel.

Pour se former, elle a dû faire appel à la débrouille. Il n’y a aucune formation aujourd’hui sur le sport et l’endométriose. Je me suis principalement formée grâce à mon poste d’ingénieure d’études en recherchant les données scientifiques et en étant à l’écoute des participantes de l’étude. Quand j’ai cherché sur PubMed, un service de recherches bibliographiques, seuls cinq articles sont ressortis sur le sujet. Finalement, après avoir mené d’autres recherches et m’être formée au périnée et à l’anatomie auprès de kinésithérapeutes, j’ai décidé d’axer les séances sur le bassin, la zone où tout est figé, les abdominaux et la relaxation périnéale. Sans oublier les activités de renforcement et d’endurance. 

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