Par Marion Riegert
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Comment mieux accompagner le retour au travail après un cancer

Le retour à l’emploi figure parmi les moments importants de l’après-cancer. Julie Daul s’est intéressée, dans le cadre de sa thèse au Laboratoire de psychologie des cognitions (LPC – Unistra), aux difficultés de retrouver sa place dans l’entreprise, et en particulier aux représentations et aux croyances des employeurs, et à toutes les émotions et menaces que cela éveille. Un travail qui a permis de créer et tester un nouveau module de sensibilisation dispensé par la Ligue contre le cancer aux employeurs.

Chaque jour, 480 actifs sont diagnostiqués d’un cancer. C’est une situation de plus en plus fréquente où se pose la question du retour à l’emploi : comment les personnes malades se perçoivent en contexte professionnel, comment leur environnement de travail les perçoit ?, interroge Julie Daul qui réalise sa thèse grâce à un soutien dans le cadre de la formation continue du comité du Bas-Rhin de la Ligue contre le cancer. Comité au sein duquel elle officie en parallèle comme psychologue du travail.

Pour tenter de donner des réponses à ces questions, la doctorante effectue différentes études par questionnaires en interrogeant un total de 1 068 personnes ayant eu un cancer, d’employeurs, et d’autres citoyens. La première porte sur les croyances et les craintes des employeurs. La seconde sur les mécanismes à l’œuvre. Les personnes malades ont évalué leur perception de soi, leur bien-être et précisé comment la maladie avait été révélée au travail.

La question de l’ambivalence se manifeste à chaque fois 

Une troisième étude s’intéresse aux croyances sur la maladie. Sans oublier un travail sur la question de l’attribution de la responsabilité quant à l’apparition de la maladie. Il y a ainsi des cancers qui sont considérés comme évitables par les répondants comme celui du poumon ou du colon.

Des stéréotypes nourris d’éléments positifs autant que négatifs

Durant ces différentes études, la question de l’ambivalence se manifeste à chaque fois, souligne Odile Rohmer, directrice de thèse de Julie Daul au côté de Valérian Boudjemadi, et tous deux chercheurs au LPC. Une ambivalence qui se traduit dans la perception du cancer, avec des stéréotypes nourris d’éléments positifs autant que négatifs, portés par ceux qui côtoient les malades, mais aussi par les malades eux-mêmes. 

Ils se perçoivent ou sont perçus comme des personnes courageuses, chaleureuses, mais pas forcément capables et compétentes, explique la doctorante. L’ambivalence se retrouve également au niveau de l’émotion suscitée, mêlant des ressentis d’admiration mais aussi des appréhensions. Les comportements oscillent entre aide et exclusion. Cela s’explique par la notion de menace que j’ai également étudiée. Elle se traduit par la peur d’entrer en interaction avec une personne malade, tout en ayant peur de ne pas être une bonne personne.

Créer un nouveau module de sensibilisation

L’ensemble des études et résultats ont été utilisés pour créer un nouveau module de sensibilisation testé par la Ligue contre le cancer du Bas-Rhin auprès des employeurs et des managers. Il se décline en trois piliers : dispenser des éléments sur le cancer pour mieux comprendre la maladie. Donner une prise de perspective à travers des témoignages de personnes ayant un cancer. Sans oublier un moment interactif avec un jeu de rôle autour de la reprise d’activité d’un collaborateur touché par un cancer, résume la doctorante. L’idée étant de leur donner des clés pour diminuer leur appréhension, ajoute Odile Rohmer. 

Le module a déjà été dispensé à une trentaine de personnes. Les premiers résultats sont encourageants. Il nous faudra au total une centaine de participants pour avoir des données solides sur son impact sur la perception des employeurs, poursuit Julie Daul. Si la sensibilisation se révèle efficace, l’ensemble des comités de la Ligue contre le cancer pourront s’en saisir.

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