Par Elsa Collobert
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« Consolider le rôle de Conectus comme opérateur de référence du transfert de technologie »

Marc Gillmann a pris ses fonctions de président de Conectus en janvier 2023, à la suite de Caroline Dreyer. Michel de Mathelin est vice-président Relations avec le monde socio-économique de l'Université de Strasbourg. Regards croisés sur une structure de droit privé à l'intersection entre monde académique et sphère de l'entreprise.

Pouvez-vous nous rappeler la vocation de Conectus ?

Marc Gillmann : Une Société d’accélération du transfert de technologie (SATT) fonctionne comme un guichet unique pour accompagner un chercheur à trouver des débouchés économiques à son invention. Nos activités ont deux branches principales : la maturation de technologie, débouchant dans l’industrie ou dans la création de start-up ; et la gestion des contrats de recherche, entre laboratoires et entreprises. Nous nous positionnons alors comme tiers de confiance entre les entreprises et les laboratoires de recherche.

Quelle est l'articulation entre Conectus et l’Unistra ?

Michel de Mathelin : Une relation de confiance existe depuis toujours. L’université est l’un des six actionnaires académiques de Conectus1. Disposer d’une structure commune pour l'Alsace permet une meilleure efficacité.

Cette dynamique a présidé au choix de Strasbourg comme site-pilote pour le Pôle universitaire d'innovation (PUI).

M. G. : Historiquement, une bonne partie de l’équipe d’une quarantaine de personnes de Conectus est issue du service de valorisation de l'Unistra. Une équipe de grande qualité, j'ai eu l'occasion de le constater lors de ma prise de poste (lire encadré), dotée de profils variés et complémentaires (ingénieurs brevet, business développeurs, chefs de projets avec profil scientifique et des profils juridique et financier pour l’appui).

Quels sont les points forts de Conectus ?

MdM. Les activités de Conectus sont en progression constante ces cinq dernières années, tous les indicateurs de performance l’indiquent. En témoignent les excellents résultats récents aux concours nationaux récompensant les inventions de doctorants, dans la lignée de Mature your PhD pour l’échelon local, et des concours nationaux iPhD et iLAB.

M. G. L’un des points fort de notre SATT, c’est qu’elle dispose d’une vue d'ensemble sur la chaîne de l’innovation, à la fois sur la maturation de technologies et le transfert, mais aussi sur le volet gestion des contrats de recherche. C’est essentiel pour les chercheurs de pouvoir s'appuyer sur nous.

Autre avantage, un écosystème régional d'innovation très dynamique et collaboratif. Cela nous permet d’être très performant. Nous pouvons notamment compter sur nos partenaires pour prendre le relais quant à la maturation de start-up, Sémia pour Alsace, Quest for change pour le Grand Est.

De ce point de vue, on peut citer un succès très récent, celui de la start-up créée par Guido Pupillo et Shannon Whitelock, chercheurs à Isis en physique quantique, qui est lauréat du concours d’innovation national.

Maillon clé de l’écosystème régional d’innovation, nous sommes aussi un recruteur important de profils scientifiques, indirectement via l'argent que nous investissons dans les maturations technologiques.

Et les points d'amélioration stratégique ?

M. G. Si en dix ans nous avons bien atteint la maturité dans notre capacité d’accompagnement, nous pouvons encore progresser pour ce qui est de la création de start-up, avec un objectif de croissance de 30 % au niveau du périmètre alsacien. Il faut ouvrir le cercle des « chercheurs inventeurs », faire progresser cette culture de l’innovation dans les laboratoires.

Il faut ouvrir le cercle des "chercheurs inventeurs", faire progresser cette culture de l’innovation dans les laboratoires.

Dès qu’un chercheur a une invention, une intuition, une idée, il faut qu’il ait le réflexe Conectus. Conectus étudiera s’il est possible et souhaitable de déposer un brevet. Il est essentiel de ne jamais divulguer une invention avant de l’avoir protégée. Après, c’est trop tard.

M. de M. Muscler le volet détection passe par l’embauche de chargés d’affaires, pour accroitre leur présence dans les laboratoires. Sensibiliser les chercheurs, mais aussi les doctorants, les post-doctorants, proposer des formations, relancer les Doctoriales… Toutes ces activités sont amenées à croître dans les années à venir, notamment grâce à des financements complémentaires de l’Etat qui fait de l’innovation un sujet stratégique. Nous pourrons nous appuyer sur le PUI, mais aussi sur la dynamique d’excellence des Instituts thématiques interdisciplinaires (ITI).

Le développement durable, la transition énergétique, les sciences humaines et sociales sont des domaines porteurs amenés à se structurer. Ils s’ajouteront à ceux qui font notre force (santé, sciences de la vie, chimie).

M. G. : N'oublions pas que le temps nécessaire pour transformer une invention en un produit effectivement commercialisé est long – de l’ordre de sept ans, le double pour un médicament. On est loin des innovations-éclairs du secteur numérique, dont le grand public est plus familier.

C’est pourquoi malgré ses 10 ans d’existence et son savoir-faire reconnu, Conectus est encore une jeune société dont l’activité est en croissance. La pleine maturité sera atteinte après 2030, ce qui permettra d’envisager un autofinancement de son activité.

1 Aux côtés de l’Université de Haute-Alsace, l’Inserm, l’Engees, l’Insa et le CNRS (cette dernière conservant la gestion de ses propres contrats de recherche)

Le parcours de Marc Gillmann

Doté d’un profil d’ingénieur AgroParistech et Eaux et forêts, Marc Gillmann débute sa carrière dans l’aide au développement et la transition énergétique, alternant les expériences entre secteur public et industrie.

Un tournant a lieu lorsqu’il suit, en 2018, un executive MBA à HEC. Il choisit alors d’orienter sa carrière vers les domaines des affaires et de l’innovation. Cela le conduit pendant trois ans au sein du Secrétariat général pour l'investissement, où il est en charge du financement de la valorisation de de la recherche, dont les SATT et les Instituts de recherche technologique (IRT).

De retour dans sa ville natale de Strasbourg, cet Alsacien confie : J’ai toujours choisi d’aller vers les sujets-frontières, j'aime les croisements de culture, et aujourd’hui faire se rapprocher deux mondes qui se connaissent peu réciproquement, et qui gagnent à se rapprocher l'un de l'autre, est un beau défi. Transférer un projet, c’est une manière concrète d’avoir de l’impact.

Plus d'informations

En chiffres

13 SATT (sociétés d'accélération de transfert de technologie) en France

En 10 ans, activité de la SATT Conectus Alsace :

Plus de 200 projets de pré-maturation et de maturation réalisés

150 transferts industriels déjà réalisés

34 start-up créées avec plus de 90 % de taux de survie (31 toujours en activité)

2 000 conventions de confidentialités signées avec les entreprises

499 actifs de propriété intellectuels (brevets, logiciels, design…) sont suivis par Conectus pour le compte de ses actionnaires académiques, dont 259 dont Conectus assure directement le transfert technologique

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