Par Marion Riegert
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Silabe, une étude montre que dans de bonnes conditions de captivité, des macaques sont en bonne santé

Alors qu’il réalise une étude sur des macaques de la plateforme Silabe - Centre de Primatologie de l'Université de Strasbourg afin d’établir une base de données de valeurs contrôles pour ces animaux, Laurent Monassier et l’équipe du centre se rendent compte que les informations récoltées montrent des valeurs encore non représentées dans la littérature existante. Ils décident de publier ces résultats dans le Journal of Medical Primatology pour mettre en avant le lien entre les conditions d’hébergement en captivité et la santé cardiovasculaire et métabolique des primates.

Un petit plateau technique d’exploration non invasive est monté au sein de la plateforme Silabe pour permettre de suivre la santé des singes. Grâce à ce plateau technique, nous avons pu mener une étude sur les macaques venant de l’île Maurice afin d’établir les valeurs contrôle d’individus en bonne santé. Des valeurs de référence utiles pour tous les scientifiques qui mènent des études sur les macaques et testent des traitements, explique Laurent Monassier, médecin de formation, spécialisé en pharmacologie cardiovasculaire à l'Université de Strasbourg.

L’étude porte sur 24 macaques divisés en trois groupes de huit, quatre mâles et quatre femelles, selon leur âge : les jeunes, de 2 à 4 ans, les adolescents, de 5 à 10 ans, et les plus âgés, de 10 à 15 ans. Ce sont des animaux qui ne doivent pas avoir reçu de traitements et parmi lesquels nous avons fortuitement identifié des femelles gestantes.

Quelques anomalies liées au vieillissement

Pour chaque animal, une échographie cardiaque, un électrocardiogramme, et une mesure de la pression artérielle à la queue, sont réalisées. Sans oublier des tests sanguins pour définir leur taux de globules blancs et rouges, l’état de leur fonction rénale, mesurer les lipides, les sucres… 

Résultat, les animaux ont développé quelques anomalies, mais très peu. De manière intéressante, on observe essentiellement chez les femelles, de petits troubles lipidiques, une tachycardie, une hypercholestérolémie qui s’installent, mais le risque cardiovasculaire monte peu, reste faible et dans des valeurs normales pour cette population.

Un modèle de ce qu’il faudrait faire

Ces résultats, auxquels Laurent Monassier ne s’attendait pas, le poussent à publier son étude. Dans la littérature, les recherches mettent en avant des valeurs anormales, comme la présence de diabète, en guise de valeurs de référence. Les valeurs contrôles utilisées sont celles d’animaux qui vivent dans de moins bonnes conditions. Alors que dans les conditions d’hébergement de la plateforme Silabe, plus proches de la vie sauvage, les animaux ne développent pas ou peu de facteurs de risques cardiovasculaires.

Pour le chercheur, l’étude est intéressante dans le message qu’elle véhicule. Montrer qu’en captivité, avec accès à des zones intérieures et extérieures, de la nourriture adaptée, des exercices stimulants, et des rapports sociaux… la santé cardiovasculaire et métabolique s’altère peu. Peu de scientifiques mènent des recherches avec des animaux dans ces conditions, c’est un modèle de ce qu’il faudrait faire pour que la captivité se passe le mieux possible.

Histoire de l’exploration non invasive

Echographie, électrocardiogramme… L’exploration non invasive sur l’animal se développe à la fin des années 1990. La première méthode de mesure de la pression artérielle non invasive par la queue chez la souris apparait à cette période.

Pour amener ces techniques à l’Université de Strasbourg, au début des années 2000, Laurent Monassier monte un plateau technique à l’Institut clinique de la souris qui permet de réaliser des échographies, des électrocardiogrammes et de mesurer la pression artérielle, ainsi que des paramètres sanguins. Plus tard, un autre plateau technique est monté au sein de la plateforme Silabe pour permettre de suivre la santé des singes. 

La plateforme Silabe en bref

Macaques, capucins, singes verts, ouistitis… la plateforme Silabe s’étend sur sept hectares aménagés en diverses zones d’hébergement destinées à accueillir des primates de sept espèces différentes. Parmi les activités du centre, l’éthologie tient une place importante. 

Reconnue internationalement, Silabe héberge en moyenne 800 animaux de sept espèces différentes sous la supervision d’une équipe spécialisée de 29 personnes (éthologues, chercheurs, vétérinaires, responsable du bien-être animal, chefs de projets et soigneurs animaliers).

Sa mission ? L’hébergement et la fourniture de primates pour la recherche biomédicale, la vente de prélèvements biologiques, la réalisation d’études expérimentales, la formation, la conservation des espèces et l’accueil de chercheurs spécialisés dans le domaine des neurosciences cognitives et du comportement animal. 

Une structure interne chargée du bien-être animal (SBEA) supervise l’ensemble des activités du site et s’assure du respect de la réglementation relative à l’élevage, la fourniture et l’utilisation d’animaux à des fins scientifiques.

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