Les gauchers votent-ils plus à gauche ?
La séquence des élections municipales vient à peine de se terminer et celle de l’élection présidentielle est tout juste en ligne de mire, qu’une étude en cours de publication par Laurent Weill, chercheur au Laboratoire de recherche en gestion et économie (Large), vient nous interroger sur un facteur qui influence nos choix politiques : notre latéralité.
L’idée de cette étude m’est venue il y a un an, à la suite de la lecture d’un ouvrage d’un psychologue français
, explique Laurent Weill. Dans ce livre, l’auteur explique que nous avons une probabilité plus forte d’exercer un métier dont le nom a une consonance proche de notre prénom. Aux États-Unis par exemple, les hommes qui se prénomment Denis ont plus de chances de devenir dentistes et ceux qui s’appellent Lawrence de devenir lawyers, c’est-à-dire avocats !
, détaille le chercheur qui se demande alors si un effet similaire peut s’observer sur l’orientation politique, en fonction de sa latéralité, gaucher ou droitier.
Le spécialiste en économie politique explore deux hypothèses : l’une d’ordre psychologique, l’autre de nature biologique
Le spécialiste en économie politique explore deux hypothèses : l’une d’ordre psychologique, l’autre de nature biologique. La première piste est liée au mécanisme d’égotisme implicite. Un phénomène psychologique selon lequel, inconsciemment, nous aimons davantage ce qui fait partie de notre identité. La latéralité peut avoir une place plus importante dans l’identité des gauchers car cette caractéristique constitue une singularité par rapport à l’immense majorité de la société
, avance le chercheur. Les gauchers pourraient ainsi percevoir de façon plus positive tout ce qui est associé au mot « gauche ».
L’hypothèse biologique repose, quant à elle, sur la latéralisation du cerveau qui diffère entre gauchers et droitiers. Des travaux en neurosciences ont montré que les préférences politiques pouvaient être influencées par la structure cérébrale.
Un facteur plus important que le sexe
Pour éprouver ces deux pistes, Laurent Weill diffuse un sondage dans différents pays d’Europe et aux États-Unis et récolte 1 400 réponses. Dès le départ, nous avons choisi d’exclure les pays d’Afrique et d’Asie, car le fait d’être gaucher y est souvent stigmatisé. Il existait un risque que les répondants n’osent pas révéler leur véritable latéralité, ce qui aurait faussé les résultats.
Parmi des questions sur le genre, l’éducation ou encore les revenus des personnes interrogées, plusieurs concernent la latéralité et les choix politiques.
Les gauchers se classent 0,57 point plus à gauche que les droitiers
Résultat : Sur un axe où les répondants doivent se placer politiquement de 1 (totalement à droite) à 10 (totalement à gauche), les gauchers se classent 0,57 point plus à gauche que les droitiers. Cette différence peut paraître faible, mais elle s’avère plus marquée que l’incidence du sexe sur le vote. À titre de comparaison, les femmes se situent plus à gauche de 0,40 point que les hommes.
Une question d’identité
Deux éléments font pencher Laurent Weill vers l’hypothèse psychologique liée à l’égotisme implicite. Tout d’abord, le chercheur remplace le fait qu’une personne se déclare gauchère par un indice de latéralisation. Cet indice mesure, sur une échelle de 1 à 5, l’utilisation de la main gauche pour cinq activités différentes. Le chercheur n’observe pas de relation entre cet indice et le fait de voter à gauche.
Il introduit ensuite une variable culturelle : Nous nous sommes intéressés aux termes utilisés en politique dans différents pays. Dans les pays latins où les termes de “gauche” et “droite” sont très employés dans le débat politique, le penchant à gauche des gauchers est plus marqué que dans les pays anglo-saxons qui utilisent moins ces termes.
Laurent Weill en conclut que le facteur qui a le plus d’incidence sur les choix politiques des individus n’est donc pas d’ordre biologique mais de nature psychologique au travers de l’identité.
Les résultats de cette étude sont intéressants et amènent à se poser d’autres questions : au-delà du facteur psychologique, les gauchers sont-ils davantage en accord avec les valeurs que l’on attribue aux politiques de gauche ? Et qu’est-ce qu’être de gauche : adhérer à des valeurs ou les mettre en pratique ?
, interroge Laurent Weill.
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