A la recherche du temps
Insaisissable, irreprésentable, incompréhensible… Après un ouvrage sur le cosmos dans l’art, Pascal Dethurens, chercheur au sein de l’unité de recherche Configurations littéraires, s’attaque à une des plus grandes et plus anciennes énigmes : le temps. Son ouvrage "Écrire le temps. De l’Antiquité à nos jours" est l’occasion de découvrir comment la littérature, les arts et la philosophie ont tenté et tentent toujours de le représenter.
Dans mon quotidien de professeur de littérature comparée, j’ai remarqué que tous les écrivains étaient passionnés par la question du temps. C’est presque un passage obligatoire de l’écriture littéraire et de la pensée philosophique. Je me suis même demandé si la littérature n’avait pas été inventée d’abord pour interroger le temps
, explique Pascal Dethurens.
Temps de la vie, du souvenir, de l’attente, du désir, du rêve… temps qui blesse et qui répare, qui angoisse et qui apaise… temps du passé, du présent, du futur, le temps a beaucoup de formes. Il construit et détruit chacun de nous
, poursuit le chercheur qui recense des milliers d’œuvres sur le sujet et en sélectionne quelque 350 pour son ouvrage, tableaux et textes mis au regard les uns des autres.
La roue de la fortune
Je me suis interrogé sur les différents âges du monde, qui en disent long sur notre rapport au temps historique. Est-ce que l’Histoire est une dégradation ou un progrès du temps ?
, se demande Pascal Dethurens qui propose aux lecteurs une exploration littéraire et picturale, mais aussi une enquête philosophique et théologique, où se côtoient Homère et Nietzsche, Ovide et Proust, mais aussi Bruegel et Picasso, Arcimboldo et Chagall.
L’ouvrage se divise en douze parties comme les douze heures de la journée. Avec comme point de départ l’Antiquité où le temps, sacralisé, est incarné par des divinités mythologiques, comme les trois Parques qui tissent le fil de l’existence ou Chronos, la personnification du temps.
La Genèse est aussi évoquée, avec le récit de la création du monde. La Bible est le premier chronomètre du monde occidental, puisqu’elle commence par l’invention du temps, du 1er au 7e jour.
Vient ensuite le Moyen Age où le temps est souvent représenté sous la forme d’une roue de la fortune sur laquelle évoluent femmes et hommes au gré du hasard. La Renaissance, elle, est sensible plutôt au passage des générations et des saisons avec une représentation des différents âges de la vie.
Saisir l’instant présent
A l’époque moderne et contemporaine, le temps est l’objet de représentations célèbres et déroutantes
, comme les montres molles de Dali qui n’indiquent pas l’heure, les horloges énigmatiques de Chirico ou celles enchevêtrées d’Arman devant la gare Saint-Lazare de Paris. Elles symbolisent ces humanités qui vivent de multiples histoires en même temps.
Le temps ne serait-il pas un éternel retour ? A nous de savoir saisir l’instant présent avant qu’il ne soit passé…
Les auteurs d’aujourd’hui sont plus sensibles aux catastrophes qui semblent se multiplier
, note Pascal Dethurens qui évoque la sensation ressentie par les contemporains que le temps s’accélère. Nous vivons plus longtemps, mais nous nous plaignons de ne jamais avoir le temps. Avec la multiplication des informations et des réseaux sociaux, nous vivons à la fois notre vie et d’autres vies simultanément.
Certains motifs traversent les âges et les arts, comme la métaphore du fleuve pour symboliser le temps qui s’écoule, ou celle de la roue pour exprimer la cyclicité du temps, avec le retour des semaines, des saisons, des années : le temps ne serait-il pas un éternel retour ? A nous de savoir saisir l’instant présent avant qu’il ne soit passé… tel est l’enseignement des plus grands auteurs.
Rendez-vous à la librairie Kleber le 8 avril à 18h pour une rencontre avec Pascal Dethurens autour de l’ouvrage Écrire le temps. De l’Antiquité à nos jours, qui est paru aux éditions Citadelles & Mazenod
Pour aller plus loin, lire aussi : “L’art et la littérature face au cosmos”
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