Questionner l’empathie et ses dysfonctionnements à l’ère de la crise climatique
Peut-on se mettre à la place d’un animal ou des générations futures ? Pour son post-doctorat au sein de l'Institut thématique interdisciplinaire Littératures, éthiques et arts (ITI Lethica), Aline Lebel s’intéresse à l’empathie, à ses dysfonctionnements et ses limites, dans le domaine des humanités environnementales. Et ce dans une perspective comparatiste, en réunissant des fictions littéraires, cinématographiques et graphiques, issues de différents pays.
Après une thèse sur le choc moral à l’Université de Nanterre, Aline Lebel décide de se pencher sur les dysfonctionnements de l’empathie dans le cadre d’un post-doctorat au sein de l’ITI Lethica. Le sujet, vaste, est traité plus particulièrement dans le domaine des humanités environnementales, en lien avec l’écologie et le contexte de crise climatique mondiale.
Le corpus s’étend des années 1970, moment de prise de conscience et de formulation contemporaine des questions écologiques, à nos jours. Selon certains philosophes, comme Bruno Latour ou Baptiste Morizot, la crise climatique révélerait un défaut de sensibilité et d’empathie face à la souffrance des autres-que-nous, défaut qui expliquerait notre incapacité collective à en faire cas et à en prendre soin.
Au contraire, l’excès d’empathie, peut également conduire à l’incapacité d’agir comme dans le cas de l’éco-anxiété. Le sujet pose aussi la question des risques de la compassion. « Lorsque celle-ci est décorrélée de toute possibilité d’action, le sentiment d’impuissance peut conduire à des états de burn-out ou d’épuisement compassionnel. »
La question de l’empathie ne se pose pas de la même façon partout
C’est là que la littérature intervient. Récits ou films de fiction, contes, romans d’anticipation, bandes dessinées… Aline Lebel a déjà repéré une trentaine d’auteurs de différentes nationalités qui permettent de tester les limites de notre imagination morale et de se représenter ces points de vue difficiles à concevoir, ou qui mettent en scène des dysfonctionnements de l’empathie.
Une notion qui ne se définit pas de la même façon partout. Dans les littératures autochtones d’Amérique du Nord ou de Russie, de tradition chamanique, la relation au non-humain est pensée différemment. Il en va de même chez certains auteurs indiens, qui l’abordent au prisme de la question de la réincarnation.
Le pouvoir de la littérature est-il d’augmenter l’empathie ?
De manière plus large, Aline Lebel s’interroge sur les effets que peut encore produire la littérature aujourd’hui. Il est souvent dit que le pouvoir de la littérature est d’augmenter l’empathie. Mais la littérature a-t-elle toujours autant de pouvoir dans une société où nous lisons de moins en moins ? Et sa principale vertu est-elle de nous rendre plus compatissants ?
Un colloque : « Faut-il désespérer de la fiction ? Aux frontières de l’empathie », sera organisé en juin en présence d’autres spécialistes du sujet. Un cycle de rencontres sur le thème des « Sensibilités et insensibilités écologiques » est également prévu par Aline Lebel, qui précise que cette année de post-doctorat est un point de départ à une étude plus large des liens entre fiction et crise climatique.
Empathie ?
En partant de la définition de la philosophe Solange Chavel, on peut définir l’empathie comme la faculté à la fois cognitive, affective et comportementale de se mettre à la place d’autrui pour se figurer et ressentir ses émotions, ses sensations, ses pensées
, souligne Aline Lebel.
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