Par Edern Appéré
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Épique Époque : créer des zones d’intersection entre artistes et scientifiques

Organisées par le Jardin des sciences, les rencontres Épique Époque mettent en relation des spécialistes et le grand public autour de questions de société, avec pour intermédiaire un ou une artiste visuelle qui mène un travail de facilitation graphique. Durant la saison 2023-2024, c’est l’autrice et illustratrice strasbourgeoise Violaine Leroy qui illustrait, en direct, ces rencontres. Ses planches originales sont exposées jusqu’au 6 avril, dans le cadre du festival Central Vapeur.

L’idée d’accompagner les rencontres Épique Époque par de la facilitation graphique est venue dès l’origine du projet. Il s’agissait, pour le Jardin des sciences, de proposer un format original, clairement identifiable, indique Margot Zinck, chargée de programmation des conférences, pour retracer l’historique de cette démarche. La facilitation graphique est une pratique relativement méconnue qui vient du monde de l’entreprise. Il s’agit de restituer un discours sous une forme visuelle. Il n’y a pas besoin d’être dessinateur pour le faire, on peut se servir de simples schémas, pictos ou symboles. Pour ma part, en tant qu’illustratrice, je la pratique sous forme dessinée, explique Violaine Leroy.

« Durant les conférences, il faut que je me “dé-triple” »

Illustrer des concepts scientifiques en direct, avec des conférenciers parfois très bavards, n’est pas une mince affaire : Le travail de facilitation graphique demande énormément de concentration. Durant les conférences, il faut que je me “dé-triple” : je prends des notes sur un brouillon d’un côté, je dessine de l’autre, tout en essayant d’anticiper la composition de ma planche. La densité de parole et de concepts délivrés est très importante et lorsqu’on dessine en direct, on n’a pas le temps d’hésiter ! Raisons pour lesquelles Margot Zinck envoyait en amont à Violaine Leroy le thème des rencontres, les noms des intervenants et des éléments de contexte. Je me basais sur cette matière première pour me renseigner sur le sujet, comprendre les principales notions et m’entraîner à dessiner en écoutant des podcasts. C’était comme une sorte d’échauffement ! Un travail d’autant plus nécessaire que certains sujets lui demandaient de dessiner des objets qu’elle n’avait pas l’habitude de rencontrer dans son quotidien d’illustratrice, comme des satellites ou des cellules infectées par le VIH.

« Je rends leurs recherches visibles auprès du public »

« Les gens ont encore du plaisir à voir un dessin »

Les planches sont un aperçu de ce qui s’est dit, avec une part de subjectivité. J’y intègre parfois des échanges entre les intervenants et le public. J’aime bien aussi y placer des informations qui permettent de comprendre et situer le contexte, notamment pour ceux qui n’ont pas pu assister à la conférence, précise Violaine Leroy. Ce travail participant à une action de médiation scientifique, l’illustratrice a toujours à cœur de diffuser des informations exactes : Il y a une responsabilité de ne pas transmettre d’informations erronées. J’ai toujours soumis mes planches aux chercheurs après coup, pour qu’ils les vérifient.

Ces illustrations, parfaitement composées à l’aide d’une grille et arborant chacune une couleur distinctive, constituent une trace que les chercheurs peuvent conserver, comme un petit cadeau de fin !, glisse Violaine Leroy. Certains les exposent d’ailleurs dans leur bureau. À l’issue d’une conférence, cela procure de la joie aux intervenants de voir qu’ils ont été entendus et que leur parole a été restituée sous cette forme graphique. Je rends leurs recherches visibles auprès du public . Un public impatient de voir cette restitution graphique. Pour les spectateurs, il y a une grande curiosité, une attente de découvrir le résultat à la fin de la conférence. Beaucoup de gens venaient voir Violaine, parfois plus que les intervenants, note avec étonnement Margot Zinck. J’avais oublié le pouvoir magique du dessin. Les gens ont encore du plaisir à voir un dessin, remarque l’artiste. J’ai l’impression d’être comme un écrivain public, une “illustratrice publique” !

« La science est un sujet beau à regarder et à comprendre »

« La facilitation graphique est une porte d’entrée vers la vulgarisation scientifique »

Pour l’équipe en charge d’Épique Époque, cette approche graphique présente de nombreux atouts. Elle permet de retracer un historique des rencontres et de ce qui s’y est dit. Les illustrations donnent des informations synthétiques sur le contenu, le niveau de vulgarisation des interventions et peuvent donner envie d’aller écouter l'enregistrement audio publié sur le web. Ou bien encore se rendre à la rencontre suivante. Nous nous servons des dessins pour communiquer autour du cycle Épique Époque, c’est un formidable outil de communication !, constate Margot Zinck. Mais ces illustrations ont une portée bien plus large :  La facilitation graphique est une porte d’entrée vers la vulgarisation scientifique. Elle montre que la science est un sujet beau à regarder et à comprendre. Et, au delà, elle montre que ce que font les chercheurs est concret et utile à la société, conclut Violaine Leroy.

Voir l'exposition et assister aux rencontres Épique Époque

L’exposition des dessins originaux de Violaine Leroy permet de revenir sur sept éditions d’Épique Époque. Autant de thématiques passionnantes à (re)découvrir en image, du 22 mars au 6 avril 2025 à l’accueil du Jardin des sciences, 27 boulevard de la Victoire, à Strasbourg.

Les rencontres Épique Époque 2024-2025 sont également illustrées en direct, avec le coup de crayon d’Hélène Bléhaut. Des rencontres à retrouver, une fois par mois au Planétarium du Jardin des sciences, et en podcast sur le site web de RCF Alsace.

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