Une doctorante mise à l’honneur lors d’un symposium dédié à la voie TOR
Pour mieux comprendre les mécanismes impliqués dans les pathologies liées au dysfonctionnement de la voie TOR, un symposium se tient au Centre de recherche en biomédecine de Strasbourg (CRBS) le 30 juin. Il met particulièrement à l’honneur Solène Zuttion, doctorante au sein de l’école universitaire de recherche IMCBio de l’Institut de physiologie et de chimie biologique (IPCB – Unistra), qui en assurera la conférence de clôture.
C’est un symposium ouvert au public, dont l’objectif est avant tout de partager notre passion pour la science et de faire découvrir les travaux de chacune des équipes
, se réjouit Solène Zuttion, qui soutiendra sa thèse la veille. Sous la supervision des chercheurs strasbourgeois, Sylvie Friant et Hubert Becker, la doctorante s’intéresse depuis 2022 à la voie TOR, une des voies de signalisation qui contrôle notre métabolisme cellulaire.
Très étudiée, cette voie n’a pourtant pas encore livré tous ses secrets. Grâce à l’obtention d’un financement du labex Mitocross, Solène Zuttion se penche plus précisément sur le contrôle du complexe protéique TORC1, dont l’activation ou l’inhibition permettent de réguler la division cellulaire. Ce mécanisme passe par la détection des acides aminés
, précise la doctorante.
Son hypothèse ? Que les aminoacyl-ARNt synthétases, un ensemble d’enzymes responsables du décodage de l’information génétique contenue dans les gènes en protéines, pourraient agir comme des intermédiaires dans la détection des acides aminés par TORC1.
Un outil fluorescent
Pour le vérifier, au début de sa thèse, la jeune femme poursuit le développement d’un outil fluorescent, sur la base d’un travail de recherches débuté par une autre doctorante, Marine Hemmerle. Il permet de détecter la localisation de toutes les aminoacyl-ARNt synthétases à la vacuole, un compartiment dans la levure qui joue un rôle central dans le stockage et le recyclage des nutriments, mais aussi dans la régulation de la voie TOR.
Une protéine fluorescente est divisée en deux, la rendant inactive. Une partie est attachée à la vacuole, et l’autre sur une synthétase. Si la synthétase se relocalise à la vacuole, comme ce fut le cas, la molécule est reconstituée et émet de la fluorescence sur tout le pourtour de cet organite.
Solène Zuttion poursuit ses investigations lors d’un stage de quatre mois à Fribourg en 2023, dans le laboratoire de Claudio De Virgilio. Avec son post-doctorant Raffaele Nicastro, elle montre pour la première fois, qu’il existe une interaction directe et forte entre TORC1 et plusieurs de ces synthétases. Cette découverte ouvre des perspectives importantes sur une possible nouvelle fonction des synthétases, c’était vraiment exceptionnel !
, se souvient la Strasbourgeoise.
Son étude, menée sur les levures, pourrait avoir à terme des répercussions dans le traitement de certaines pathologies comme les cancers, où la voie TOR est fréquemment hyperactivée et dérégulée.
Je leur ai tout donné, ils m’ont tout donné en retour
Début novembre, Solène Zuttion quittera Strasbourg pour s’envoler vers un post-doctorat aux Etats-Unis, au centre de recherche en cancérologie de Stony Brook. Elle va se pencher sur le rôle du céramide dans la signalisation cellulaire associée au cancer. Je n’ai jamais été attachée à un seul sujet de recherche. J’ai même travaillé sur les virus de betteraves durant un an, lorsque j’étais assistante ingénieure à l’Institut de biologie moléculaire des plantes, entre mon master de biologie et génétique moléculaire et ma thèse, et j’ai trouvé ça génial ! C’est pour moi essentiel de rester curieuse
, sourit la doctorante qui évoque surtout l’importance de l’équipe.
Ce qu’elle retient : Le soutien inconditionnel de mes directeurs de thèse, mais aussi des personnes rencontrées grâce à mon sujet. Je leur ai tout donné, ils m’ont tout donné en retour. La thèse est un investissement constant. On peut se sentir seul et se décourager facilement, d’où l’importance d’encadrants présents et à l’écoute.
Un symposium international sur la voie TOR
Co-organisé par Hubert Becker, chercheur au laboratoire de Génétique moléculaire, génomique, microbiologie (GMGM – CNRS/Unistra) et Pierre Antony, ingénieur du CNRS à l’Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC - CNRS/Unistra/Inserm), le symposium regroupe huit conférenciers.
Venus de Corée du Sud, Suisse, Italie et de Strasbourg, ils exposeront leur résultats et perspectives sur les mécanismes de la voie TOR dans le métabolisme et le cancer. La moitié des conférenciers a effectué sa thèse sous la direction d’Hubert Becker et Sylvie Friant, chercheuse au CNRS au Laboratoire de génétique médicale (Inserm/Unistra). Ils ont ensuite intégré des laboratoires internationaux, aux États-Unis et en Europe. Transmettre le flambeau fait partie de nos missions
, glissent les deux chercheurs.
Dans l’esprit du symposium StraARS2023 sur le code génétique organisé en mai 2023, celui-ci résulte de notre volonté de continuer à mettre en exergue la vitalité et l’excellence de nos jeunes scientifiques de l’Université de Strasbourg et au-delà
, souligne Pierre Antony.
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