L’astrophysicien strasbourgeois Rodrigo Ibata reçoit le prix Kavli 2026
Un jour, un labo #1. Rodrigo Ibata, directeur de recherche au CNRS à l’Observatoire astronomique de Strasbourg (Unistra/CNRS), reçoit le prix Kavli 2026 en astrophysique au côté de deux autres chercheurs. Récompensé pour l’étude des débris d’anciennes galaxies qui a permis de reconstituer l’histoire de la Voie lactée, l’astrophysicien devient le premier à recevoir ce prix prestigieux dans cette catégorie en France et le troisième lauréat lié à l’Université de Strasbourg.
Mercredi, 15h, le personnel de l’Observatoire astronomique de Strasbourg s’est rassemblé dans un amphithéâtre et découvre en direct, en suivant une retransmission sur YouTube, que l’un des leurs est lauréat du prestigieux prix Kavli, au côté d’Amina Helmi (Université de Groningue), et Vasily Belokurov (Université de Cambridge).
En analysant précisément les positions et les vitesses des étoiles, avec des instruments comme le satellite Gaia, l’équipe de Rodrigo Ibata s’est spécialisée dans l’archéologie galactique : retrouver les courants d’étoiles, vestiges de galaxies naines avalées par la Voie lactée au cours de son histoire.
Pour le chercheur, tout commence en 1994 lorsqu’il découvre, lors de son séjour à Cambridge, la galaxie naine du Sagittaire. Satellite de notre Voie lactée, elle avait jusqu’alors échappé aux astronomes. Très rapidement, un long courant d’étoiles échappées de cette galaxie naine est identifié tout autour de notre Galaxie.
Sonder la distribution de la mystérieuse matière noire
Quelques années plus tard, à l’Observatoire astronomique de Strasbourg, la cartographie des régions externes à la galaxie d'Andromède effectuée grâce au Télescope Canada-France-Hawaii, lui permet avec son doctorant, Nicolas Martin, de montrer que les vestiges d'accrétions galactiques sont bien présents autour d'autres galaxies. Le phénomène n'est pas unique à la Voie lactée.
Contrairement au modèle ancien qui présupposait une croissance lente et lisse. En découvrant ces traînées d’étoiles perdues par de petites galaxies, les chercheurs strasbourgeois ont ainsi conforté l’idée que la Voie lactée s’est surtout construite par de nombreuses collisions violentes avec d’autres petites galaxies, sur des échelles de plusieurs milliards d’années.
Plusieurs dizaines de courants stellaires ont été mis en évidence dans le halo galactique : ils permettent de retracer l’historique de notre Galaxie, de détecter les étoiles les plus anciennes, et même de sonder la distribution de la mystérieuse matière noire.
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Prix Kavli : l’Université de Strasbourg rejoint un cercle très restreint
Le prix Kavli est une distinction internationale décernée tous les deux ans dans trois disciplines : astrophysique, nanoscience et neurosciences. Les lauréats sont sélectionnés par l’Académie norvégienne des sciences et des lettres, le ministère norvégien de l’Éducation et de la recherche et la Kavli Foundation (États Unis). Ils reçoivent un million de dollars à se partager. Le prix vise à récompenser des découvertes qui transforment fondamentalement notre compréhension du très grand, du très petit et du plus complexe, et à encourager la recherche d’excellence.
Depuis sa création en 2005, ce prix a été octroyé à quatre scientifiques en France. Rodrigo Ibata est le premier à le remporter en astrophysique. Il constitue également le troisième lauréat lié à l’Université de Strasbourg et au CNRS, rejoignant Thomas Ebbessen (2014, nanoscience) et Jean-Louis Mandel (2022, neurosciences). Cette réussite place l’Université de Strasbourg dans un cercle très restreint : avec le MIT, l’Université Stanford et Harvard, ils font partie des seuls établissements au monde à compter des lauréats Kavli dans les trois disciplines.
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