Concours René Cassin : « Une expérience très formatrice pour les étudiants »
Du 24 au 27 mars, le Conseil de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) ont accueilli 200 étudiants venus de toute l’Europe, dont une équipe de l’Université de Strasbourg, pour participer au concours René Cassin. Avec en point d’orgue, une finale présidée par Laurent Fabius.
Réunies à Strasbourg, les équipes requérantes et défenderesses se sont affrontées dans des joutes verbales où elles ont déployé leur argumentaire juridique préparé depuis de nombreuses semaines. La première phase du concours, de septembre à février, consiste pour les étudiants à rédiger un mémoire
, indique Anna Glazewski, maîtresse de conférences en droit public à la Faculté de droit et membre du comité d’organisation. Nous sélectionnons les meilleurs dossiers pour les phases finales qui se déroulent traditionnellement à Strasbourg. Cette année, quarante équipes venues de France, mais aussi d’Allemagne, Arménie, Belgique, Luxembourg, Slovénie, Suisse et Turquie se sont affrontées !
Cette 41ème édition s’est ouverte par une nouveauté : le prix d’éloquence Louis-Edmond Pettiti, destiné à récompenser les élèves-avocats pour leur maîtrise de l’art oratoire. Morgane Paradot, élève-avocate à l’École de formation du Barreau de Paris, a remporté le prix après une plaidoirie répondant par la positive à la question « René Cassin vit-il encore ? ». Elle a donné le souffle et l’élan à tous les cassinistes arrivant ce jour-là au Conseil de l’Europe, pour l’ouverture du concours. C’était très émouvant !
Deux jours de plaidoiries de haut niveau
« Les étudiants doivent faire preuve de conviction et d’une maîtrise de l’art oratoire pour exposer leur argumentation juridique »
Chaque équipe, composée de trois étudiants - deux plaideurs et un conseiller - a dû plancher sur un contentieux fictif en lien avec l’actualité brûlante de la planète : La Cour européenne des droits de l’Homme a rendu en 2024 de grands arrêts sur la responsabilité des États en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Le cas soumis aux étudiants prenait cette question à rebours : que se passe-t-il si, pour se conformer aux engagements de lutte contre le changement climatique, des États portent atteinte à la liberté de circulation et aux libertés individuelles des citoyens ? Comment concilier ces deux objectifs ?
Originalité de ce concours, sa dimension avant-gardiste : aucun jugement préalable n’a été rendu par les juges de la CEDH sur les problématiques juridiques soumises aux étudiants. Ce concours demande aux étudiants d’approfondir leurs connaissances sur la Convention européenne des droits de l’Homme. Ils doivent développer une expertise et affiner leur raisonnement tout au long de l’année. Lors des demi-finales et de la finale, ils doivent faire preuve de conviction et d’une maîtrise de l’art oratoire pour exposer leur argumentation juridique
, note Anna Glazewski.
Une mise en situation dans le milieu professionnel
Pour avoir moi-même concouru lorsque j’étais étudiante, je peux témoigner de l’intérêt de l’exercice : il permet de découvrir la plaidoirie qui ne se pratique qu’en école d’avocat. Ce concours offre aux étudiants une mise en situation dans le milieu professionnel, un laboratoire pour se fondre dans des fonctions qu’ils pourront rejoindre après leurs études. C’est une expérience très formatrice !
La finale a été remportée par l’équipe de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne, en défense face à l’équipe de Paris Panthéon-Assas. Les équipes ont eu l’honneur de plaider devant un jury présidé par M. Laurent Fabius, dont l’expertise sur la question climatique était évidemment extrêmement précieuse
, se félicite Anna Glazewski. Nous nous estimons extrêmement honorés que ce jury réunisse des personnalités hautement qualifiées telles que des juges de la Cour européenne, des membres de juridictions strasbourgeoises, des avocats, universitaires... ainsi que la présidente de l’Université de Strasbourg. À titre personnel, c’est un véritable bonheur et une source de grand optimisme en ces temps incertains de voir ces équipes s’engager par le langage, la maîtrise du droit et un bel esprit de camaraderie dans la défense des droits et libertés garantis par la Convention européenne des droits de l’homme.
Un concours né à Strasbourg
C’est à l’initiative d’étudiants strasbourgeois que la première édition du concours européen des droits de l’Homme René Cassin a été organisée il y a plus de quarante ans. Désormais portée par une association fondée par la Faculté de Droit, de sciences politiques et de gestion de Strasbourg, l’Ordre des avocats du Barreau de Strasbourg et la Fondation René Cassin, cette compétition permet à des étudiants de niveau Licence 3 à Master 2 en droit et sciences politiques de s’affronter sur la base d’un contentieux fictif porté devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH).
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