Recyclash : les sciences humaines et sociales se penchent sur le recyclage
Plus les pays sont riches, plus ils produisent de déchets… Problème, le recyclage est sous tension et atteint ses limites. Pour s’intéresser au sujet, des chercheurs en sciences humaines et sociales se sont alliés à travers le projet Recyclash. Lancé en janvier 2026, dans le cadre du Programme et équipements prioritaire de recherche (PEPR) « Recyclabilité, recyclage et réutilisation des matières » France 2030, et porté par l’Université de Strasbourg, il vise à produire des connaissances sur les mécanismes d’innovation et d’adaptation des acteurs dans un contexte marqué par les enjeux de durabilité et l’intensification des flux.
La genèse
Étudié en sciences de l’ingénieure et en sciences exactes, longtemps, le déchet, face sombre de la société de consommation, était un objet délaissé en sciences humaines et sociales (SHS)
, souligne Isabelle Hajek, sociologue au laboratoire Sociétés, acteurs et gouvernement en Europe (Sage – CNRS/Unistra), et porteuse du projet au côté de Claudia Cirelli, géographe à l’Université de Tours. La donne change depuis une vingtaine d’années, notamment via le développement d’un champ de recherche sur le plan international : les « discard studies », ou encore les « waste studies ». En France, ce domaine de recherche en SHS apparaît à travers la « rudologie » dans les années 1980. Depuis, les travaux se sont multipliés mais restent méconnus. Pour structurer et donner de la visibilité aux travaux français, des chercheurs ont répondu à un appel à projets du PEPR « Recyclabilité, recyclage et réutilisation des matières » en 2025. Recyclash constitue la deuxième vague de projets SHS du PEPR, débutée en janvier 2026 pour trois ans.
Quoi
En France, et plus largement au niveau européen, le recyclage connait des avancées mais aussi de fortes limites face aux objectifs européens de 2030, produisant des controverses, de nouvelles pratiques, sans oublier d’entrainer des réajustements économiques, juridiques et sociaux
, souligne Isabelle Hajek qui évoque un acte 2 du rapport sociétal aux déchets. 100% sciences humaines et sociales, Recyclash, qui bénéficie d’un budget de plus de deux millions d’euros, vise à étudier l’accélération et les freins que connaît aujourd’hui le recyclage. Nous défendons une approche non technocentrée du recyclage qui est aussi un processus social dépendant des représentations et des pratiques sociales . Cela pose la question plus large du rapport aux choses, à la matérialité.
Qui
Sociologues, anthropologues, géographes, artistes, juristes, historiens… le projet rassemble un consortium de huit laboratoires, soit 20 scientifiques, de plusieurs entités, parmi lesquelles l’Université de Strasbourg et la Haute école des arts du Rhin (Hear) de Strasbourg.
Les axes de recherche
Le premier vise à investiguer le renouvellement des formes d’engagement et d’actions collectives, repair café, zéro déchet…, dans un contexte inédit de mise sous tensions du recyclage. Le deuxième porte sur la façon dont le droit accompagne la régulation, la réutilisation, et le recyclage. Le troisième sur les stratégies politiques et commerciales de l’industrie agro-alimentaire, et notamment le problème des emballages.
Transmettre une nouvelle culture matérielle qui soit aussi puissante que la culture de consommation actuelle
Le quatrième, en partenariat avec la Hear, permettra de développer des outils didactiques fondés sur les arts visuels pour documenter et diffuser les cultures matérielles alternatives. Avec notamment le Dicodéchet, un outil numérique de transmission des savoirs académiques sur le sujet. Sans oublier un atlas du recyclage et une exposition itinérante sur les résultats de Recyclash. Notre idée est de concevoir des outils de médiation, transmettre une nouvelle culture matérielle qui soit aussi puissante que la culture de consommation actuelle.
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