Pêche à l’aimant : « La fausse bonne idée »
Fusils, vélo, autoradio… sur les réseaux sociaux, les vidéos de pêche à l’aimant se multiplient. Le phénomène qui se veut écologique détruit en réalité le fond des rivières, canaux et autres lacs, nuisant gravement à la biodiversité du milieu. Serge Dumont, chercheur au Laboratoire image ville environnement (Live – CNRS/Unistra), spécialisé dans les milieux aquatiques d’eau douce, alerte sur ses dangers.
Les milieux aquatiques d’eau douce ont perdu 85% de leurs vertébrés en 50 ans selon le rapport planète vivante de 2024. Déjà très fragilisés par la pollution et le changement climatique… la moindre perturbation supplémentaire peut faire beaucoup de dégâts
, rapporte Serge Dumont qui voit la pêche à l’aimant se développer d’un mauvais œil.
De nombreuses entreprises commercialisent des kits contenant des aimants pouvant aller jusqu’à 2 kg avec une corde de 20 mètres. Il y a même des groupes créés autour de cette activité sur les réseaux sociaux
, poursuit le chercheur. Problème, la pratique censée nettoyer les cours d’eau a un impact significatif sur la biodiversité locale.
Pas de réglementation générale
C’est un milieu complexe dont le fond est recouvert d’un biofilm composé d’algues, de proto-zoaires, de bactéries, de champignons… qui servent de base à toute une chaîne alimentaire. Lancer un aimant et le traîner sur plusieurs mètres est préjudiciable à tout l’écosystème. Les plantes aqua-tiques qui sont arrachées sont des supports de ponte, et des abris pour poissons.
La période de reproduction des poissons, au printemps, est particulièrement critique. Il y a des œufs par-tout.
Sans oublier les dégâts aux vestiges archéologiques sur certains sites.
La pratique ne bénéficie pour le moment pas de réglementation générale. Il y des interdictions via des arrêtés préfectoraux et communaux. Je l’interdirais totalement. Certains morceaux de métaux sont anodins pour les cours d’eau et servent de support pour de nombreux invertébrés. C’est une fausse bonne idée de les repêcher, le risque étant plus important que le bénéfice.
Se tourner vers des associations
Le chercheur conseille plutôt à ceux qui veulent nettoyer les cours d’eau de se tourner vers des associations spécialisées à l’image d’Alsace nature, avec des techniques comme la plongée. Si vraiment on repère une trottinette électrique dont la batterie est polluante, on peut immerger un aimant verticalement pour la sortir depuis un bateau ou un pont. La période la moins impactante étant à l’automne, juste avant la chute des feuilles.
Lui-même moniteur de plongée, Serge Dumont alerte sur les pratiques en milieu aquatique comme le canyoning ou la plongée subaquatique. Les palmes des plongeurs peuvent abîmer le fond des rivières ou des lacs. J’ai rédigé une charte de la plongée en eau douce adoptée par la Fédération française d'études et de sports sous-marins en 2011. Chaque nouvelle activité nécessite d’informer et de réglementer.
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