Participation citoyenne, une réponse à la crise de confiance que connaissent les politiques
Citoyens figurant dans des listes, appel aux habitants pour élaborer un programme… la participation citoyenne est de plus en plus utilisée par les politiques notamment lors des élections municipales dont le premier tour se déroulera le 15 mars prochain. Le point avec Marie Acabo, doctorante en sociologie politique, spécialiste du sujet et autrice de l’ouvrage « Devenir des professionnel·les de la politique. Une liste écologiste et citoyenne à la tête d’une ville. »
Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la participation citoyenne ?
Il s’agit d’une volonté de la part des partis de déprofessionnaliser la politique pour faire entrer les citoyens en politique, avec le pari de dire que renouveler les personnes permet de renouveler les pratiques. Cette participation peut prendre différentes formes et modalités en fonction du contexte local et de la taille des communes. Par exemple, des ateliers thématiques de préparation de programme dans lesquels les habitants des villes sont invités à donner leur avis. Mais aussi une gouvernance partagée, avec un recrutement ouvert à tous pour figurer sur une liste. Sans oublier les assemblées citoyennes, constituées de manière ponctuelle autour d’un thème précis. C’est une pratique que l’on retrouve pour les municipales, mais aussi les élections régionales et parfois les élections législatives.
Depuis quand cette participation citoyenne est-elle utilisée par les politiques ? Est-elle pratiquée par tous les partis ?
Cette tendance émerge dans les années 1970, avec notamment les Groupes d’action municipales. La participation citoyenne connaît un véritable essor en 2020 avec quelque 300 listes à travers la France qui y font appel. A Strasbourg, il y avait ainsi 43% de novices sur la liste de Jeanne Barseghian, membre des Écologistes, seule liste à revendiquer cette étiquette de « liste citoyenne ».
Les partis de droite en empruntent de plus en plus les mots et les manières de faire
En 2026, c’est encore plus visible avec plus de 500 listes qui font appel à des citoyens dans leur campagne et sur leurs listes. Si ces pratiques ne bouleversent pas réellement le recrutement des élus locaux, il est toutefois évident que la participation citoyenne s’est imposée comme une nouvelle injonction pour les listes. Ces pratiques se retrouvent majoritairement à gauche, mais les partis de droite, traditionnellement moins enclins à ces modes d’organisation, en empruntent de plus en plus les mots et les manières de faire.
Quel intérêt pour les partis ?
Les partis traversent une crise de confiance, que l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 a participé à aggraver. La critique qui leur est faite porte sur la professionnalisation de leur personnel et la confiscation de la participation et de la représentation politiques. La participation citoyenne constitue ainsi une manière pour ces partis de répondre à cette défiance, suivant l’idée que la mise en place de procédures internes plus directes et participatives permettrait de rallier des électeurs éloignés de la politique.
Quelles sont les limites ?
Si les listes citoyennes permettent pour partie de déprofessionnaliser la politique, elles n’induisent pas pour autant de démocratisation sociale. Les listes citoyennes sont en effet ancrées dans la bourgeoisie culturelle. C’est par exemple le cas à Strasbourg, dont la majorité sortante est composée de personnes très diplômées, peu représentatives en termes socio-culturels de la population de la ville. Historiquement, les parti communiste et socialiste ont joué ce rôle de marche pied pour les fractions les plus éloignées socialement.
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