Nodssum, des déchets radioactifs sous surveillance dans l’océan Atlantique
L’été dernier, trois chercheurs de l’Institut pluridisciplinaire Hubert-Curien (IPHC - Unistra/CNRS) ont embarqué durant un mois à bord du navire l’Atalante affrété par la Flotte océanographique française et l’Ifremer, à l’occasion de la première campagne de la mission Nodssum. Avec une équipe d’une vingtaine de scientifiques, ils ont sondé une zone des plaines abyssales de l’Atlantique Nord-Est à la recherche de fûts de déchets radioactifs immergés. Après plusieurs mois d’analyses des données et des échantillons collectés, la mission repart pour une seconde campagne en mai 2026.
Environ 300 000 fûts de déchets radioactifs de faible et moyenne activité ont été immergés entre les années 1940 et 1980 dans l’Atlantique Nord-Est (cf encadré), majoritairement dans deux zones d’une plaine abyssale du bassin ouest-européen, à quelques 1 000 km de Brest. C’est sur ces zones, d'environ 15 000 km2 au total, que s’est concentrée la mission Nodssum pour « Nuclear Ocean Dump Site Survey and Monitoring ».
A travers dix points de collecte, les scientifiques ont cartographié 3 355 fûts sur 160 km2. En restant toujours à une centaine de mètres des barils, ils ont prélevé 5 000 litres d’échantillons le long de la colonne d’eau de mer, réalisé 345 carottages du sédiment du plancher océanique, à environ 4 500 m de profondeur. Sans oublier de capturer 34 spécimens de poissons et crustacés.
Un état de conservation variable
Sur place, les données collectées révèlent un état de conservation variable des fûts, mais aucune contamination environnementale mesurable. Les analyses se poursuivent ensuite en laboratoire afin d’avoir un diagnostic plus fiable sur la dissémination potentielle du contenu des fûts dans les eaux, les sédiments et les organismes.
Côté IPHC, les trois chercheurs sont repartis avec des échantillons d’eau de mer, de matières organiques congelées, et une centaine de carottes de sédiments congelés. Nous avons notamment prélevé de l’eau interstitielle des sédiments pour comprendre la distribution des radionucléides entre les différents compartiments des continuum eaux-sédiments, et identifier sous quelles formes chimiques sont les éléments. Est-ce que ces formes varient, et si oui, est-ce que certaines formes peuvent favoriser la dissémination des radioéléments dans l’eau
, rapporte Mireille Del Nero, chercheuse à l’IPHC qui fait partie de la mission.
De nouveaux prélèvements au plus près des fûts
Des analyses sont toujours en cours, menées jusqu’à l’échelle moléculaire, pour identifier les formes chimiques. Et pouvoir ainsi prévoir et anticiper les comportements des radionucléides dans ces écosystèmes profonds, notamment en cas de changement des conditions physico-chimiques. Savoir par exemple si les radioéléments piégés dans les sédiments sont susceptibles d’être relâchés dans l’eau de mer. Par exemple, de l’Américium-241 a été répertorié dans ces barils de déchets, sa durée de demi-vie est d’environ 400 ans.
Les premières conclusions montrent que les matières organiques changent d’un site étudié à l’autre, le comportement de certains éléments varie également. Il va falloir maintenant réaliser des expériences en laboratoire et des simulations pour mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre.
Durant la prochaine campagne, à laquelle les chercheurs de l’IPHC participent à nouveau, un sous-marin habité de la Flotte océanographique française, le Nautile, est utilisé pour réaliser de nouveaux prélèvements au plus près des fûts cette fois. Grâce à la cartographie, nous savons maintenant où aller, deux sites d’intérêt ont été identifiés.
La genèse du projet Nodssum
Les fûts concernés par cette opération font partie des 300 000 fûts de déchets radioactifs de faible activité envoyés entre 1949 et 1982 par de nombreux pays par 5 000 mètres de fond dans l’océan Atlantique, majoritairement dans une plaine abyssale en bordure du bassin ouest-européen.
Les matériaux radioactifs y sont piégés dans une matrice de béton et de bitume initialement conçue pour garantir le confinement des déchets pour une vingtaine d’années. Un suivi a été effectué jusque dans les années 90, montrant des traces de transfert vers l’environnement, sans impact significatif sur la biosphère. D’autres campagnes de mesures ont suivi, avec des moyens et des résultats limités.
Les données sur la composition, la position et l’état de conservation des fûts étant limitées, le CNRS et de nombreux partenaires se sont mobilisés pour créer le projet « Nuclear Ocean Dump Site Survey and Monitoring » (Nodssum).
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