Par Marion Riegert
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Le français, langue d’influence et de pouvoir

À l’occasion du 60e anniversaire de l’établissement officiel de la Représentation permanente de la France à Strasbourg, une table ronde était organisée à la Faculté de droit fin mars autour du thème « Multilatéralisme en mutation : quelle place pour la francophonie ? ». L’occasion d’évoquer la place du français à l’international avec Pascale Erhart, modératrice de la table ronde, maîtresse de conférences en sociolinguistique et vice-présidente déléguée au plurilinguisme de l’Université de Strasbourg.

Par qui est parlé le français dans le monde ?

Selon la nouvelle édition du rapport quadriennal « La langue française dans le monde » de l’Organisation internationale de la francophonie publiée en mars 2026, le français est la quatrième langue la plus parlée dans le monde, après l’anglais, le mandarin et l’espagnol, avec 396 millions de locuteurs. C’est également la deuxième langue étrangère la plus apprise et la troisième langue de l’économie et des affaires. Langue officielle de 32 états et gouvernements, le français est également la quatrième langue sur Internet. C’est aussi une des langues de communication des organisations européennes et internationales comme le Conseil de l’Europe, ou l’Organisation des nations unies. Le français est la langue européenne la plus diffusée dans le monde d’un point de vue politique.

D’où provient cette diffusion très large ?

Historiquement, le français a longtemps été une langue dominante dans le monde, notamment au siècle des Lumières. Langue impériale, son expansion est directement liée à l’histoire coloniale du pays. 65 % des locuteurs francophones sont actuellement en Afrique où le français est encore une langue de la scolarisation. Il est aussi lié au fonctionnement de l’état, à un certain prestige social, et perçu comme vecteur d’ascension sociale. Sur la base des tendances actuelles, le français devrait être parlé par 590 millions de personnes en 2050, dont 9 sur 10 vivront en Afrique. Avec une ambiguïté puisqu’il s’agit de la langue de l’ancien colonisateur dont les états désormais indépendants veulent se distancer, mais sans nécessairement couper tous les ponts : la langue peut alors permettre d’entretenir des liens. 

Aujourd’hui, il y a beaucoup de questionnements pour sortir de cette image coloniale ?

Le français bénéficie d’un rayonnement littéraire et économique important, qui fait que c’est un des rares candidats à pouvoir faire face au poids de l’anglais, la question étant de voir comment l’utiliser comme langue d’influence sans reproduire la dynamique colonialiste. Comment faire rayonner le français, maintenir son attractivité, sans coercition ? On pourrait dès lors plutôt parler de soft power. 

Dans le contexte actuel, il incarne aussi un contre-pouvoir ?

En linguistique, nous distinguons la « francophonie », avec une minuscule, qui désigne les locuteurs du français dans le monde, de la Francophonie institutionnelle qui ne désigne pas le français comme langue de communication, mais comme langue du pouvoir. La position de la France, en lien avec sa politique de diffusion du français, est de garantir et promouvoir la diversité linguistique et culturelle, liée à une pensée différente. En filigrane, l’idée est de contrer une potentielle pensée dominante. Derrière le français, il y a les intérêts de la France : promouvoir sa langue est une manière d’occuper le terrain. Dans le contexte actuel, il y a une carte à jouer pour la Francophonie. Ne pas utiliser l’anglais est une manière de symboliser son désaccord vis-à-vis des Etats-Unis notamment. Le français apparait alors comme une valeur démocratique. 

Une table ronde à la Faculté de droit

À l’occasion du 60e anniversaire de l’établissement officiel de la Représentation permanente de la France à Strasbourg, une table ronde était organisée autour du thème « Multilatéralisme en mutation : quelle place pour la francophonie ? », le jeudi 26 mars, par le Groupe des ambassadeurs et ambassadrices francophones du Conseil de l'Europe, en collaboration avec la Faculté des langues et de droit de l’Université de Strasbourg. 

La rencontre a pris la forme d’un échange interactif entre le public et un panel composé de représentantes et représentants permanents auprès du Conseil de l’Europe, dont Pap Ndiaye, et d’experts et d’expertes des politiques linguistiques. L’occasion pour les étudiants, enseignants-chercheurs et acteurs de la société civile de dialoguer avec des praticiens du multilatéralisme et de réfléchir à l’avenir de la francophonie dans un monde globalisé.

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