Par Emmanuel Darcq
Temps de lecture :

Une nouvelle piste pour atténuer le sevrage aux opioïdes

Sous la direction d’Emmanuel Darcq, co-responsable de l’équipe Addictions de l’unité mixte de recherche de Neurosciences et psychiatrie translationnelles (Step - Inserm/Unistra), des chercheurs strasbourgeois, en collaboration avec plusieurs partenaires nationaux et internationaux, ont identifié une nouvelle cible thérapeutique susceptible d’atténuer les symptômes du sevrage aux opioïdes.

Les opioïdes, utilisés notamment pour traiter la douleur, peuvent entraîner une dépendance dont les conséquences représentent aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique. Le sevrage provoque des symptômes physiques (douleurs, tremblements, agitation) mais aussi des états émotionnels négatifs particulièrement difficiles à supporter, qui favorisent souvent les rechutes.

Dans cette étude publiée dans la revue Biological Psychiatry, Dersu Ozdemir, doctorante au laboratoire Step, et ses collègues ont identifié un circuit cérébral impliqué dans ces effets négatifs. Ils montrent que des neurones exprimant le récepteur mu des opioïdes dans une région du cerveau appelée habenula jouent un rôle central dans l’aversion et le mal-être associés au sevrage.

Vers le développement de traitements innovants

Enregistrement de l’activité neuronale in vivo, chimiogénétique, pharmacologie et transcriptomique spatiale, en combinant plusieurs approches, l’équipe a également mis en évidence le rôle du récepteur orphelin GPR139. C’est-à-dire des récepteurs dont le ligand naturel dans l’organisme reste inconnu.

Ces récepteurs représentent des cibles particulièrement attractives pour le développement de nouveaux médicaments, car ils sont souvent présents dans un nombre limité de régions cérébrales. Cette distribution restreinte laisse espérer des traitements plus sélectifs, avec un risque réduit d’effets secondaires par rapport aux approches pharmacologiques classiques.

La modulation pharmacologique de ce récepteur permet de réduire à la fois les symptômes physiques et émotionnels du sevrage chez la souris. Ces résultats identifient ainsi une nouvelle cible thérapeutique potentielle pour limiter les effets négatifs du sevrage et pourraient contribuer, à terme, au développement de traitements innovants pour les personnes souffrant de troubles liés à l’usage des opioïdes.

Catégories

Catégories associées à l'article :

Mots-clés

Mots-clés associés à l'article :

Changer d'article