Par Marion Riegert
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L’IA à l’Université de Strasbourg : « l’appréhender à 360 degrés »

La journée d'étude « L’IA à l’Unistra : repères, usages et perspectives » organisée par la gouvernance s’est déroulée le 8 juillet à l’Université de Strasbourg. Elle a réuni plus de 400 personnels pour évoquer les enjeux majeurs liés à l’essor de l’intelligence artificielle, mais aussi l’expérimenter à travers des ateliers. Le point avec Virginie Zint, vice-présidente Numérique et simplification organisationnelle.

Quel est le positionnement de l’Université de Strasbourg par rapport à l’utilisation de l’IA par ses personnels ?

Nous ne pouvons pas vivre dans une grotte, le positionnement de l’Université de Strasbourg n’est ni l’interdiction générale, ni l’adoption naïve. Aide à la rédaction, synthèse de documents, traduction, recherche d’idées, transcription… l’IA est utile dans certains cas et apporte une réelle plus-value comme dans l’accessibilité numérique, mais ce n’est pas un substitut à l’expertise professionnelle. Elle ne remplace ni le jugement, ni la responsabilité. En raison de son impact environnemental, il faut toujours se poser la question de son utilité et du temps gagné et choisir la solution la plus sobre. Certains besoins relèvent d’une meilleure organisation, d’un moteur de recherche... Par ailleurs lorsqu’un usage a un impact collectif au niveau d’un service, une composante ou une procédure, il doit être cadré, documenté et évalué. 

Quid des étudiants ?

La question de la triche aux examens est réelle, mais elle ne peut pas être traitée uniquement sous l’angle de la surveillance ou de la sanction. Il faut clarifier les attendus. Dans certains cas, l’usage de l’IA pourra être interdit, dans d’autres, il pourra être autorisé à condition d’être déclaré et analysé. Les universités doivent former des étudiantes, des étudiants et des personnels capables de comprendre les outils qu’ils utilisent, et d’en identifier les limites.

Quelles sont les précautions à prendre lorsqu’on utilise l’IA ?

Données personnelles, RH, de santé, ou encore de recherche non publiées, documents internes, éléments confidentiels ou stratégiques… Si une donnée ne peut pas être rendue publique, elle ne doit pas être transmise à un outil externe non maîtrisé. Les modèles d’IA génératives peuvent produire des erreurs, inventer des références, reproduire des stéréotypes, invisibiliser certains publics… il faut être attentif à ces questions et vérifier les résultats. Enfin, afin de respecter notamment l’intégrité scientifique et académique, il est important de penser à la traçabilité, la citation des sources, la transparence des méthodes et le respect de la propriété intellectuelle. Dans certains contextes, il peut être nécessaire d’indiquer qu’un outil d’IA a été utilisé, et dans quelle mesure.

Que propose l’université face à cette révolution technologique ?

Les personnels ont des pratiques et des niveaux d’appropriation différents. L’université veut donc accompagner les usages plutôt que les laisser se développer isolément. Le Plan IA fixe un cadre commun fondé sur les besoins réels, la souveraineté, la sécurité, la sobriété et la protection des données. Après une phase d’expérimentation, une solution d’IA générative développée et hébergée à l’université entre en déploiement. Des usages ciblés sont aussi développés : Inscripote pour les questions d’inscription et d’admission, et le projet « des IA pour apprendre et tester » pour des expérimentations pédagogiques, notamment en programmation, en langues, en droit, en santé avec le patient virtuel, ou en philosophie pour travailler l’argumentation. Plusieurs composantes, comme la Faculté des langues et le Centre universitaire d’enseignement du journalisme, adaptent déjà leurs formations à la transformation des métiers. Cette démarche s’appuie sur la Direction du numérique, l’Institut de développement et d’innovation pédagogiques, le Centre de culture numérique, l’Unité régionale de formation à l’information scientifique et technique et le Service des bibliothèques. Elle mobilise aussi la recherche, l’innovation et s’inscrit dans des dynamiques collectives comme le cluster Intelligence artificielle Grand Est Enact.

Comment voyez-vous l’avenir ?

L’IA n’est pas seulement une technologie, c’est un dispositif sociotechnique qui transforme les usages des données, les métiers, les pratiques pédagogiques, la recherche, l’innovation, la création, l’accès à l’information et le rapport au savoir. Je veux être optimiste, l’université a un rôle à jouer, nous sommes précisément au bon endroit pour appréhender les choses à 360 degrés. Notre responsabilité est de la comprendre, de l’encadrer et d’en faire un usage lucide, éthique, responsable et soutenable afin de construire des capacités robustes et partagées, adaptées aux missions de service public.

Sept nouvelles chaires de recherche financées par le cluster IA Grand Est Enact

Destinées à attirer dans le Grand Est des chercheurs et chercheuses de haut niveau issus d’autres territoires et institutions, ces chaires de recherche externes visent à renforcer les compétences scientifiques du cluster et à favoriser l’émergence de nouvelles collaborations.

Parmi les 32 candidatures reçues, dont onze portées par des chercheurs et chercheuses internationaux (États-Unis, Suisse, Australie, Belgique, Allemagne, Pays-Bas, Canada et Suède), sept ont été retenues par le jury dont cinq dans des unités mixtes de recherche strasbourgeoises. Ces nouvelles chaires bénéficieront d’un financement complet jusqu’à fin 2029. Elles rejoignent les neuf chaires déjà soutenues par IA Grand Est Enact depuis 2025.

Le cluster IA Grand Est Enact ambitionne de faire du Grand Est un leader européen de l’intelligence artificielle (IA), il fédère les acteurs de la formation, de la recherche et de l’innovation du territoire. L'objectif ? Renforcer l’excellence régionale autour de trois domaines d’expertise : le traitement automatique des langues, l’IA pour l’ingénierie et la découverte scientifique, sans oublier la santé numérique.

L’Unistra face aux défis de l’IA

Dans l’enseignement, les équipes de direction, les métiers administratifs, la recherche… Depuis au moins deux ans, voire plus, l’IA infuse dans tous les domaines à l’université. Comment cette dernière répond-elle aux défis que pose cette révolution, comment s’en saisissent les acteurs, quelles réponses et processus sont mis en place ? Ingénieurs, chefs de projets, chargés de mission… Savoir(s) le quotidien part à la rencontre de celles et ceux qui sont mobilisés en tant qu’acteurs du changement !

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