Remedy : un nouveau procédé pour extraire et filtrer les terres rares
Véritable pétrole du 21e siècle, les terres rares sont difficiles à extraire et génèrent beaucoup de pollution. Peter Dunne, anciennement chercheur à l’Institut de physique et chimie des matériaux de Strasbourg (IPCMS - CNRS/Unistra), a travaillé avec des collègues sur un nouveau procédé qui permet d’extraire et filtrer par voie électro-chimique les terres rares. Plus rapide et écologique, il est développé à grande échelle grâce à la création de la start-up Remedy, propulsée par Conectus et Quest for Change.
Écouteurs, éoliennes, voitures électriques, téléphones, robotique, drones, congélateurs… les terres rares sont présentes dans la plupart de nos objets du quotidien, mais aussi de nombreux produits de haute technologie et des énergies vertes. Elles sont notamment utilisées pour créer des aimants permanents qui permettent de transformer l’énergie électrique en énergie mécanique
, explique Peter Dunne, directeur de la start-up, co-fondée avec Bernard Doudin, chercheur à l’IPCMS, et Michael Coey, professeur émérite du Trinity College de Dublin, aujourd’hui décédé.
Problème, à l’heure des tensions géopolitiques et économiques, la question de leur extraction se pose plus que jamais. A ce jour, l’Union européenne est à 99 % dépendante de l’importation de terres rares. Néodyme, praséodyme, dysprosium, et terbium, elles viennent principalement de la Chine, qui domine toutes les chaines de valeur, et a interdit l’exportation des deux derniers
, poursuit le physicien originaire de Mullingar en Irlande qui souligne l’importance pour la France et l’Europe de regagner une souveraineté dans ce domaine.
Une réduction de plus de 95 % de consommation d'énergie
Un domaine marqué par des problématiques de rareté, sur un gisement, il peut y avoir seulement 1% d’extraction de terres rares, c’est une ressource difficile à extraire
, mais aussi environnementales. La séparation des terres rares repose sur des procédés multi-étapes de raffinage chimique dont la gestion des effluents et des déchets constitue, historiquement et aujourd'hui encore, l'un des défis industriels les plus complexes sur le plan environnemental et climatique.
Après cinq années de recherche, Peter Dunne et ses collègues sont parvenus à développer un procédé de séparation à base d’eau utilisant une approche combinant magnétisme et électrochimie, beaucoup plus écologique et efficace. Une technique sans solvants organiques (comme le kérosène), que les scientifiques n’étaient jusqu’alors jamais parvenus à mettre en œuvre.
Le procédé permet la production de concentrés de terres rares issus des mines, mais aussi le recyclage des aimants en fin de vie, et celui des chutes de production d'aimants permanents. Et ce avec une réduction de plus de 95 % de consommation d'énergie, d'utilisation d'eau et d'émissions de CO₂. Nous avons par exemple pour le dysprosium, une étape de purification contre 400 pour les procédés existants actuellement.
Deux prototypes
La création de la start-up Remedy, propulsée par Conectus et Quest for change, en 2024, permet de développer le procédé à grande échelle. Nous avons créé deux prototypes, dont un capable de traiter 100 kg/an d'aimants recyclés
, précise Peter Dunne, qui avait déjà participé à la création de la start-up Qfluidics. En ce début d’année 2026, Remedy connait une grosse accélération.
Des investisseurs et des sociétés minières ont manifesté de l’intérêt pour notre technologie. Nous prévoyons des embauches pour passer de quatre collaborateurs à une quinzaine. Nous allons également quitter l’IPCMS pour des locaux plus grands à Bioparc Illkirch. En Europe, il n’y a aucune mine en exploitation, à long terme nous aimerions contribuer à en créer, mais il faudra entre 10 et 15 ans pour en mettre une en fonctionnement
, conclut Peter Dunne.
Pour aller plus loin, lire aussi l'article sur le site de Conectus
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