Un ouvrage numérique en mémoire des 86 victimes d’un crime nazi
En juin 2023, un séminaire pédagogique et mémoriel a permis à des étudiantes et étudiants de Strasbourg et Tübingen, ainsi que des descendants de victimes de se plonger dans l’histoire des 86 juifs exécutés au camp de Natzweiler-Struthof en 1943. Trois ans plus tard, un ouvrage rassemblant les témoignages et apports de ces trois journées de rencontres est publié en version électronique.
Le livre, déjà paru en Allemand et en Anglais en 2025, vise à documenter l’histoire des 86 juifs exécutés, à travers une pluralité de voix qui interroge en filigrane la question de la mémoire. Quelle mémoire ? Par qui ? Pour qui ? Pourquoi ? Avec un mélange de textes académiques et subjectifs donnant à voir à la fois une histoire intime et sensible, mais aussi un objet d’étude universitaire
, souligne Christian Bonah, professeur d’histoire de la médecine à l’Université de Strasbourg et coordinateur du projet au côté de Jeanne Teboul, anthropologue à l’Unistra, Reinhard Johler, ethnologue à l’Université de Tübingen et Hans‑Joachim Lang, journaliste et historien allemand.
Sorti en avril 2026, il se découpe en quatre parties. La première consacrée à l’aspect historique et à la problématique de la mémoire de ce crime en Alsace, avec des textes scientifiques et académiques. La seconde, rédigée essentiellement par des étudiants français et allemands, propose un compte-rendu du séminaire, des visites et des échanges. C’est aussi une façon de voir comment ils se sont appropriés ces moments
, glisse Jeanne Teboul.
Ne pas faire un commerce de la mémoire
La troisième est consacrée aux entretiens menés avec quinze descendants de victimes lors du dernier jour du séminaire. Ils racontent la mémoire de ce crime, une mémoire intime, privée et personnelle, souvent lacunaire. Mais aussi la façon dont les descendants ont vécu le séminaire et les discussions, qu’est-ce qui leur importe dans cette histoire, quelle mémoire ils veulent en garder
, poursuit la chercheuse.
Petite nouveauté pour la version française : une quatrième partie enrichie d’entretiens avec des personnes engagées dans l'histoire ou la mise en mémoire de ce crime, associations ou institutions, comme les directeurs successifs du Centre européen du résistant déporté.
Ce travail s’inscrit dans la continuité des travaux menés par la Commission historique pour l’histoire de la Faculté de médecine de la Reichsuniversität, mise en place après la découverte de restes humains à l’Institut de médecine légale de Strasbourg en 2015. L’ouvrage est disponible en publication électronique ouverte. Nous ne voulions pas faire un commerce de la mémoire
, précise Christian Bonah qui ajoute qu’il sera présenté en octobre à la Région.
Pour aller plus loin, lire aussi : “Les 86 victimes d’un crime nazi au centre d’un séminaire mémoriel”
Le séminaire en bref
Ils étaient 86, 86 juifs déportés à Auschwitz, avant d’être gazés en août 1943 au camp de concentration de Natzweiler-Struthof pour enrichir la collection anatomique de squelettes juifs de l’institut d’August Hirt, professeur d’anatomie à l’Université – alors allemande – de Strasbourg.
80 ans après ce crime, quatre chercheurs se sont intéressés à la question des mémoires de la Seconde Guerre mondiale en Alsace et en Allemagne et en particulier les mémoires de ce crime. Et ce à travers trois modules d’enseignement dispensés au second semestre à Strasbourg et Tübingen à destination d’étudiants de master et de licence.
Point d’orgue de ces enseignements, les trois jours de séminaire ont permis de faire se rencontrer les étudiants avec quinze descendants des victimes venus des Etats-Unis, d’Israël, de France et de Suisse. Avec une première journée marquée par une visite de l’Institut d’anatomie et une seconde avec une visite du Struthof et du cimetière juif de Cronenbourg où sont enterrés les restes des victimes. La dernière journée était consacrée à des entretiens entre étudiants et proches des victimes.
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