Un laboratoire pionnier dans la chronobiologie
Les perturbations des rythmes biologiques ont de très nombreux effets délétères, y compris en santé humaine. Dédié à cette thématique, le 49e congrès de la Société francophone de chronobiologie se tiendra à Strasbourg du 14 au 16 octobre. Il est organisé par l'Institut des neurosciences cellulaires et intégratives (Inci - CNRS en partenariat avec l’Université de Strasbourg), un laboratoire au sein duquel plusieurs équipes étudient les rythmes biologiques en recherche fondamentale et clinique.
Organisé tous les deux ans, le congrès de la société francophone de chronobiologie s’était tenu pour la dernière fois à Strasbourg il y a 10 ans. Avec une vingtaine de chercheurs, Strasbourg est le pôle le plus important de France dans le domaine de la chronobiologie
, souligne Étienne Challet, chercheur à l’Inci et membre du comité organisateur de l’évènement.
Les thématiques de recherche sont variées. Elles portent notamment sur les effets du travail de nuit sur le métabolisme. 20% de personnes sont concernées par le travail posté en 2x8 ou en 3x8 par exemple, alors que les effets délétères sont bien connus
, précise Etienne Chalet qui travaille sur le sujet à l’aide de modèles de rongeurs diurnes.
Nous avons montré que les désynchroniser les rend prédiabétiques et en surpoids. Nous avons également noté que le travail de nuit est moins délétère que le travail posté.
Avec en ligne de mire la recherche de solutions pour éviter ces problèmes. Il n’est pas possible de jouer sur la luminosité car les recommandations imposent 300 à 1 000 lux afin de maintenir des conditions de travail efficaces et sécurisées
, souligne Marie-Paule Felder, chercheuse et directrice du comité organisateur, qui évoque la piste des repas à heures fixes pour limiter ces effets négatifs.
Une altération de la vision
Ce travail de nuit présente également des effets sur la fertilité, avec notamment une perturbation des cycles menstruels, un problème étudié à l’Inci par Valérie Simonneaux, également membre du comité d’organisation. Autre effet moins connu, celui sur la rétine. Nos résultats indiquent que la vision est altérée chez les rongeurs exposés à la lumière de nuit durant plusieurs mois. Nous devons encore évaluer si cela est réversible en cas de reprise d’un rythme normal
, détaille Marie-Paule Felder.
Le laboratoire s’intéresse aussi aux effets de la lumière environnementale sur le sommeil, en lien avec l’hôpital. Le Centre des troubles du sommeil (Circsom), dirigé par Patrice Bourgin, étudie notamment les effets de la longueur d’onde
, explique Patrick Vuillez, enseignant-chercheur, également membre du comité organisateur.
Le Chronobiotron, un équipement unique en France
Et de poursuivre : La force du laboratoire c’est aussi d’avoir des collaborations pour faire de l’écophysiologie comparée et ainsi explorer la diversité des espèces et des mécanismes. Nous avons par exemple une collaboration avec le Maroc pour étudier la capacité d’adaptation à des conditions désertiques du dromadaire et de la chèvre. Ils supportent de grosses variations de températures. Nous étudions également les mécanismes de l’hibernation chez le hamster. Comprendre ces mécanismes pourrait permettre de trouver un moyen de baisser la température corporelle, un procédé utile lors de greffes par exemple.
Pour ces recherches, le site strasbourgeois bénéficie d’une plateforme spécialisée unique en France, le Chronobiotron. Il s’agit d’une animalerie dans laquelle nous pouvons contrôler avec précision différents facteurs environnementaux : lumière, humidité, température… avec des enregistrements 24 heures sur 24 de paramètres physiologiques qui permettent de suivre les rythmes des rongeurs et d’avoir un niveau de détails important
, souligne Etienne Challet.
La formation n’est pas en reste : peu enseignée dans le reste de la France, la chronobiologie est dispensée à Strasbourg depuis 30 ans
, précise Patrick Vuillez. L’important c’est de garder le rythme
, sourit Etienne Challet.
Le 49e congrès de la société francophone de chronobiologie
La Société francophone de chronobiologie (SFC) regroupe des chercheurs internationaux francophones étudiant les rythmes biologiques par des approches fondamentales, cliniques et sociétales. Cette année, du 14 au 16 octobre, le congrès réunira au Centre culturel Saint Thomas, 70 participants autour des séminaires de 19 chercheurs et enseignants-chercheurs francophones de France, de Belgique, du Danemark ou encore du Maroc.
Le programme abordera six thématiques en association avec les rythmes : photodétection, environnements extrêmes, modèles d’étude, troubles psychiatriques, chronothérapie et métabolisme.
Une conférence grand public donnée par Claude Gronfier du Centre de recherche en neurosciences de Lyon aura lieu sur le campus de l’Esplanade, sur le thème des « Lumière, travail, écrans : comment la modernité bouscule nos rythmes biologiques et notre santé ».
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