Par Marion Riegert
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Service national, rien de très nouveau sous le treillis

Au sein de la 27e Brigade d'infanterie de montagne à Varces, le 27 novembre 2025, le président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé l’instauration d’un service national, volontaire et purement militaire de dix mois. Éclairage avec Mathias Thura, sociologue au sein de l’unité mixte de recherche Sociétés, acteurs, gouvernement en Europe (Sage - CNRS/Unistra), sur un dispositif pas si nouveau…

Pourquoi créer ce nouveau service national ?

C’est une initiative qui a émergé et s’est construite dans le contexte géopolitique des dernières années et l’hypothèse d’un retour des conflits de haute intensité sur le territoire européen. Le service national est censé remplacer un Service national universel (SNU), qui n’a jamais atteint sa vitesse de croisière. Avec la mise en avant par les armées de différents objectifs : entretenir et consolider le lien armée-nation, renforcer la capacité de résistance du pays et la cohésion nationale, proposer aux jeunes l’acquisition de compétences concrètes. Sans oublier de constituer une réserve opérationnelle plus étendue, avec l’espoir  de créer des vocations et ainsi de nouveaux recrutements.

Quelles seront les missions des engagés ?

Sur le papier, ils auront trois types de missions : participer à la protection du territoire, apporter un soutien dans le fonctionnement quotidien des armées pour permettre aux militaires d’active de se consacrer à l’entrainement opérationnel. Ou encore faire bénéficier aux armées d’une expertise dans des domaines techniques ou logistiques.

Vous évoquez un dispositif pas si nouveau ?

Ce « nouveau » service national est finalement assez classique et vient en plus d’opportunités similaires déjà existantes. Avec par exemple le service militaire adapté, un dispositif militaire d’insertion socioprofessionnelle pour les jeunes de 16 à 25 ans des territoires Outre-mer éloignés de l’emploi, qui accueille environ 6 000 jeunes volontaires par an. Ou encore le volontariat pour servir dans les armées et aux autres dispositifs de « découverte » de l’engagement militaire, créés dans la décennie 2010 et là encore destinés à accompagner l’insertion professionnelle et citoyenne des jeunes de 18 à 25 ans, mais aussi à favoriser le recrutement. Le nouveau service militaire s’en inspire largement. Sans oublier la réserve opérationnelle dont les engagés exercent différentes missions, en appui des militaires d’active.

Qu’est-ce qui le distingue de ses prédécesseurs ?

Ce service national s’inscrit dans une histoire plus longue de mobilisation et d’encadrement de la jeunesse par les armées. C’est un service qui, dans sa forme, s’apparente à ce qu’a pu être le service militaire obligatoire, qui a pris fin en 1997, mais à une échelle moindre. Contrairement au SNU, mis en place en 2019, il s’adresse à des majeurs volontaires. Le SNU combinait l’aspect service militaire et civique, à savoir une vie en caserne allégée et une mission d’intérêt général, et a été peu investi par l’armée. 

Ce service national ne va-t-il pas être un poids pour les armées ?

Former et accueillir des personnes dans des régiments, qui sont de petite taille, va poser des défis de main d’œuvre et de bâti disponible. C’est pour cela que le gouvernement est parti sur des effectifs limités dans un premier temps. D’un point de vue financier, le budget de l’armée est sur une pente favorable ce qui permet d’espérer des moyens pour adapter des infrastructures existantes.

Quid de la jeunesse visée, peut-elle adhérer à ce nouveau dispositif ?

Le discours sur la génération qui n’aurait plus envie de travailler ni de servir est un serpent de mer qui refait régulièrement surface. À croire que les nouvelles générations sont toujours moins dociles et toujours plus ingouvernables que les précédentes. À rebours de ces clichés, une étude de l’Institut de recherche stratégique de l'École militaire sur les jeunes et la guerre parue en avril 2024 met en avant qu’un nombre élevé de jeunes hommes et femmes serait intéressé par les questions militaires, et qu’une part non négligeable se déclarerait prête à prendre un engagement civique ou militaire. 57% seraient même volontaires pour s’engager en cas de guerre. Certes, cela ne présage en rien de ce qu’ils ou elles feront du nouveau service militaire. Mais cela laisse à penser qu’une partie de la jeunesse pourrait être encline à saisir ce service militaire volontaire. Par ailleurs, dans les casernements, la rigueur militaire suit aussi les évolutions de la société et s’est adoucie de bien des manières. La discipline d’antan prend de nouvelles modalités, moins rudes, afin de « fidéliser » les recrutés. Elle joue désormais sur le registre du professionnalisme, avec l’idée de faire adhérer les soldats aux ordres plus que de les contraindre à la docilité par la force. 

Le service national en bref

  • Quand ? Le service national va débuter à l'été 2026.
  • Combien ? 3 000 jeunes sélectionnés. Les promotions augmenteront pour atteindre 10 000 jeunes incorporés en 2030, voire 50 000 en 2035.
  • Pour qui ? Des Français majeurs et volontaires, âgés de 18 à 19 ans (avec possibilité de candidater jusqu’à 25 ans), qui ont exprimé leur volontariat lors de la Journée défense et citoyenneté.
  • Comment ? Discipline, maniement des armes, marche au pas, chant… ils commencent par une formation initiale d'un mois. Ils sont ensuite affectés neuf mois au sein d'une unité militaire où ils effectuent les mêmes missions que l’armée d’active, sur le territoire français. Ils perçoivent une solde d’au moins 800 € brut par mois. L’équipement, l’hébergement, et l’alimentation sont pris en charge par l’armée.
  • Et après ? Les volontaires peuvent poursuivre leurs études ou se lancer dans la vie professionnelle, tout en intégrant la réserve opérationnelle. Un accompagnement par les armées est proposé. L’expérience est valorisable dans leur parcours personnel et professionnel, y compris via Parcoursup.

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