Par Marion Riegert
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Marc Bloch, un historien à la vision novatrice

Il a donné son nom à l’une des trois universités de Strasbourg avant leur fusion, mais aussi à l’aula du Palais universitaire depuis 2012. Marc Bloch, célèbre résistant fusillé le 16 juin 1944, a passé 17 ans de sa carrière à la Faculté des lettres de l’université de Strasbourg, au Palais universitaire. À l’occasion de sa panthéonisation qui aura lieu le 23 juin prochain à Paris, retour sur le lien qu’il entretenait avec l’Alsace et l’université avec Catherine Maurer. La professeure d’histoire contemporaine s’est plongée dans les archives de l’université pour l’occasion.

Des origines alsaciennes

La présence de la famille Bloch est attestée en Alsace depuis le 18e siècle. Gabriel Bloch, l’ancêtre direct de Marc, devient citoyen français en 1791, lors de la Révolution. Son fils, le grand-père de Marc Bloch, est nommé instituteur dans la première école israélite financée par la ville de Strasbourg, rapporte Catherine Maurer, chercheuse au laboratoire Arts, civilisations et histoire de l'Europe (Arche). Après l’annexion de l’Alsace par l’Empire allemand, le père de Marc Bloch s’installe en “France de l’intérieur”, notamment à Lyon où Marc nait en 1886. Il grandit ensuite à Paris. Il évoque son lien avec l’Alsace dans son texte célèbre L’Étrange défaite.

La Première Guerre mondiale

Après être passé par l’École normale supérieure de Paris, puis avoir obtenu l'agrégation d'histoire et de géographie en 1908, Marc Bloch part étudier un an en Allemagne. Il est mobilisé durant la Première Guerre mondiale et est décoré à plusieurs reprises. Après l’armistice, son régiment cantonne en Alsace, sur le Rhin, pour occuper le terrain face à l’ennemi vaincu. 

Professeur à l’université de Strasbourg

Le 9 décembre 1918, l’université allemande de Strasbourg ferme ses portes et laisse la place à l’université française qui ouvre en janvier 1919. Les cours reprennent et Marc Bloch, qui est médiéviste, devient directeur de l’Institut d’histoire du Moyen Âge de la Faculté des lettres, une structure héritée de l’université allemande. Il décrit cet institut, situé dans l’actuelle salle 127 du Palais universitaire, dans un article du Bulletin de la Faculté des lettres. La plupart des documents y ont été laissés par son prédécesseur allemand contraint de partir, souligne Catherine Maurer qui précise que Marc Bloch pose ses valises avec sa femme, Simonne, dans le quartier du Palais universitaire. Leurs six enfants naissent à Strasbourg. 

Une vision innovante de la recherche

Dans le cadre de ses recherches à Strasbourg, qu’il mène avec l’appui de sa femme, Marc Bloch publie deux ouvrages majeurs. Un premier, sur les rois thaumaturges, auxquels était attribué le pouvoir de guérir la maladie des écrouelles, dans une perspective comparatiste France/Angleterre. Un second, sur l’histoire rurale de la France, pour lequel il se sert de sources et d’approches d’ordinaire délaissées par les historiens. Il encourage la comparaison entre périodes et pays, en gardant une porte grande ouverte vers l’Allemagne, ce qui apparait comme une vision novatrice dans un temps marqué par le regain des nationalismes. Il a également le souhait de travailler en interdisciplinarité.

Dans cette perspective, il organise avec d’autres membres de la Faculté des lettres des réunions un samedi chaque mois à partir de 1922, autour d’une thématique. Il fonde également avec son collègue, Lucien Febvre, la revue des Annales d'histoire économique et sociale en 1929, qui est le point de départ de l'École des annales. En 1936, après l’échec de plusieurs candidatures au Collège de France, il est finalement recruté par la Faculté des lettres de la Sorbonne. Il reste professeur honoraire de l’université de Strasbourg. 

La Seconde Guerre mondiale

Mobilisé à sa demande, il est affecté comme capitaine à Strasbourg dont il évoque l’évacuation, avant de rejoindre Molsheim. Démobilisé, il est mis à la disposition de l’université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand en 1940. Exclu de la fonction publique par le régime de Vichy, il fait partie des dix Juifs à être “relevé de déchéance” pour services rendus à l’État au début de l’année 1941.

En raison de la santé de sa femme, il rejoint l’université de Montpellier, dans une région au climat plus doux. En 1942, il est mis à la retraite d’office. Selon certaines sources via un contact strasbourgeois, il entre alors dans la résistance active, dont il devient l’un des chefs dans la région lyonnaise. Il est arrêté le 8 mars 1944 à Lyon et fusillé le 16 juin.

Une série d’évènements dédiés à Marc Bloch

Le 23 juin 2026, Marc Bloch et son épouse Simonne Vidal feront leur entrée au Panthéon. A cette occasion, l'Université de Strasbourg consacre tout un semestre d'événements à celui qui fut tout à la fois historien fondateur, intellectuel engagé et résistant. 

Ouverte au public, elle réunira étudiants, témoin familial et scientifiques de renom. L’occasion de découvrir ou redécouvrir les apports de Marc Bloch à l’histoire, interroger la portée de son engagement, mesurer la vitalité de sa pensée dans les débats actuels et rappeler que Marc Bloch a conçu à Strasbourg l’essentiel de son œuvre historique. 

  • Une table ronde « Marc Bloch et l’université », à l’Université de Paris I Panthéon Sorbonne en collaboration avec l’Université de Strasbourg le 23 juin.
  • Un cycle de conférences à l’automne avec notamment des conférences grands publics proposées par le Jardin des sciences. Sans oublier plusieurs tables rondes interdisciplinaires organisées en collaboration avec la Maison interuniversitaire des sciences sociales et des humanités d'Alsace (Misha) sur le modèle des « réunions du samedi » fondées par Marc Bloch à l’Université de Strasbourg…

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