Par Edern Appéré
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L’ordre mondial bousculé par Donald Trump

L’année 2026 a débuté par une opération militaire des États-Unis pour capturer le président vénézuélien Nicolas Maduro. Durant les jours suivants, le président des États-Unis, Donald Trump, a ouvertement menacé de prendre possession du Groenland par la force. Cette séquence inédite interroge sur la direction prise par la politique extérieure américaine. Décryptage avec Mélanie Meunier, maîtresse de conférences spécialisée en civilisation américaine et chercheuse au laboratoire Sociétés, acteurs et gouvernement en Europe (Sage – CNRS/Unistra).

Les récentes actions du gouvernement de Donald Trump ont été assimilées à la doctrine Monroe. En quoi consiste-t-elle ?

Cette doctrine, rédigée en 1823 sous la présidence américaine de James Monroe, est une réponse aux tentatives des puissances européennes de prendre pied au Mexique. À travers ce texte, les États-Unis indiquent que les Amériques sont désormais leur chasse gardée, les empires coloniaux européens n’y sont plus les bienvenus.

On fait un parallèle avec cette période, car Donald Trump semble ouvert à l’idée que les trois grandes puissances mondiales, les États-Unis, la Russie et la Chine, aient chacun sa sphère d’influence géographique.

Comment interpréter l’opération militaire au Venezuela ?

Le Venezuela est un petit pays d’Amérique latine, région où les États-Unis ont historiquement l’habitude d’intervenir. Cette opération a probablement pour objectif de permettre aux États-Unis de mettre la main sur des ressources naturelles, notamment les réserves du Venezuela en pétrole. On peut aussi interpréter cette intervention comme un ballon d’essai pour voir comment une telle opération se déroule et ce qu’elle suscite comme réactions. Donald Trump a pour habitude d’agir en dehors de tout cadre légal. Il est coutumier des déclarations tonitruantes, voire agressives à l’encontre d’autres pays, et d’actions comme celle menée au Venezuela pour montrer qu’il est au-dessus des lois et peut faire ce qu’il veut. Il lance le défi : qui ose me contredire, me contraindre à suivre les règles établies ?

Pourquoi Donald Trump a-t-il des vues sur le Groenland ?

Historiquement, les USA ont cherché plusieurs fois à acquérir le Groenland : en 1867, 1910, 1946. Dès son premier mandat, le président américain affirmait haut et fort « J’aime les cartes » or quand on regarde la carte du monde, le Groenland est énorme, ce qui attise sa convoitise, en plus des ressources naturelles qu’il pourrait y trouver. 

« Les vues de Donald Trump sur le Groenland sont extrêmement préoccupantes car elles impliqueraient l’agression d’un pays de l’Otan par un autre pays membre de l’alliance »

Donald Trump se retranche derrière une ruée internationale vers le Pôle Nord pour légitimer son souhait de prendre possession de ce territoire. Ceci est en partie dû au fait que la Chine n’est pas membre permanent du Conseil de l’Arctique, l’institution qui coordonne les pays de la région. Donald Trump veut occuper le terrain avant que la Chine ne puisse y accéder. Par ailleurs, il cherche à aller vite, car il ne reste que dix mois avant les élections de mi-mandat, qu’il a des risques de perdre. Certains membres de la sphère Make America great again (Maga) ont démissionné, déçus de sa politique et, fait rarissime, 17 représentants républicains ont récemment voté comme des élus démocrates au congrès.

Ce qui est choquant c'est la menace de Donald Trump de prendre possession de ce territoire par la force, faisant fi des populations locales et du fait que le Groenland appartienne au Danemark, fidèle allié des États-Unis depuis des décennies et pays membre de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (Otan). Les vues de Donald Trump sur le Groenland sont donc extrêmement préoccupantes car elles impliqueraient l’agression d’un pays de l’Otan par un autre pays membre de l’alliance. 

Où en sont les relations entre les États-Unis et l’Europe ?

La question du Groenland a cristallisé les tensions entre les États-Unis et les pays de l’Union européenne (UE). Il est extrêmement difficile pour l’UE de tenir tête au président américain avec le risque de subir des droits de douane prohibitifs en représailles. Mais ce n’est pas le seul point d’achoppement : les questions économiques sont aussi source de conflits. Donald Trump a une politique pro-business et ne supporte pas que les régulations européennes puissent entraver l’activité des entreprises américaines. En ligne de mire, les réglementations en matière de numérique, de liberté d’expression et les lois pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. L’Union européenne a des valeurs, des aspirations et des règles qui permettent de maintenir une certaine civilité qui a été érodée aux États-Unis.

Quel nouvel ordre mondial semble émerger ?

Lors du forum économique mondial de Davos, le premier ministre canadien, Mark Carney, a sans doute prononcé le discours le plus intéressant et important à ce sujet. Il a dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas : les institutions internationales garantes de l’État de droit n’appliquaient pas les règles de manière équitable. Si une décision ne convenait pas aux pays les plus puissants, elle n’était pas suivie des faits. Mark Carney constate qu’il y a une rupture et qu’on ne reviendra pas en arrière. Pour faire face à Donald Trump, il propose une alliance des pays moyens tels que le Canada, l’Europe, la Corée du Sud.

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