Les cellules immunitaires circulantes, une cible contre les métastases dans le cancer de la prostate
Une étude, menée notamment par des chercheurs de l'Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC - CNRS/Inserm/Unistra), et parue dans la revue Embo Molecular Medicine, souligne l’importance de la vitamine D pour freiner la progression du cancer de la prostate. Elle met en évidence l’efficacité thérapeutique d’un inhibiteur des cellules immunitaires pour éliminer les métastases hépatiques.
Le cancer de la prostate est le cancer viscéral masculin le plus fréquent et la deuxième cause de mortalité par cancer dans les pays industrialisés. Lorsqu’il est pris en charge tôt, il est de bon pronostic. Cependant, il devient particulièrement dangereux lorsqu’il évolue vers des formes métastatiques. Anticiper cette progression à partir de tumeurs localisées reste aujourd’hui un défi clinique majeur. Si plusieurs études ont déjà suggéré un lien entre de faibles niveaux de vitamine D et un pronostic défavorable, les mécanismes sous-jacents restaient jusqu’ici mal compris.
En analysant les données cliniques d’une cohorte française de patients récemment diagnostiqués, les chercheurs ont observé que les individus présentant de faibles niveaux de vitamine D circulante avaient des taux plus élevés d’antigène prostatique spécifique (PSA), un marqueur associé à la progression tumorale.
Un rôle protecteur essentiel de la signalisation de la vitamine D
Pour comprendre ce lien, les scientifiques ont utilisé des modèles expérimentaux de cancer de la prostate. Leurs travaux montrent que l’absence de signalisation de la vitamine D dans les cellules épithéliales prostatiques augmente le stress cellulaire, favorisant la prolifération des cellules tumorales, mais surtout entraîne une infiltration accrue de neutrophiles (cellules immunitaires). À terme, ces altérations conduisent au développement de tumeurs plus agressives et à une dissémination accrue des cellules cancéreuses, notamment vers le foie.
L’étude révèle également que le taux de neutrophiles circulants est associé au niveau de vitamine D circulante, ainsi qu’au risque de métastases hépatiques. Fait notable : un traitement pharmacologique ciblant la migration des neutrophiles permet de supprimer les niches métastatiques dans les modèles précliniques récapitulant la pathologie humaine.
Cette découverte met en évidence un rôle protecteur essentiel de la signalisation de la vitamine D dans les cellules prostatiques. Des études cliniques poussées seront nécessaires pour determiner si ces résultats pourront ouvrir la voie à une meilleure stratification des patients et au développement de stratégies thérapeutiques innovantes visant à prévenir la dissémination tumorale. De plus, ces résultats identifient ainsi les neutrophiles circulants comme un biomarqueur potentiel du risque métastatique et les voies de recrutement des neutrophiles comme des cibles thérapeutiques prometteuses.
Retrouvez la publication dans la revue Embo Molecular Medicine
Écouter le podcast de l'Inserm sur le sujet “Vitamine D, comme... décisive !”