Annick Dejaegere : « Nous devons acculturer la communauté universitaire à la science ouverte »
L’Université de Strasbourg poursuit son engagement en faveur de la science ouverte avec la validation, lors du Conseil d’administration du 2 juin dernier, de sa nouvelle feuille de route pour la période 2025-2028. Entretien avec Annick Dejaegere, vice-présidente déléguée Recherche – science ouverte, qui nous détaille le contenu de ce document et les priorités à venir.
Comment la feuille de route 2025-2028 a-t-elle été élaborée ?
Annick Dejaegere : La science ouverte a la particularité d’être un domaine très transverse qui mobilise de nombreuses structures : la Direction de la recherche et de la formation doctorale, le Service des bibliothèques, la Direction du numérique, l’Atelier de la donnée ADELE Helpdesk, la vice-présidence Recherche, la vice-présidence Sciences et société, la mission Open University of Strasbourg (Opus)…
La feuille de route 2025-2028 est le fruit des discussions menées de façon collégiale par tous ces interlocuteurs lors de comités de pilotage et comités opérationnels. Elle repose sur les sept piliers (voir encadré ci-dessous) qui sont traditionnellement utilisés pour décrire les actions en matière de science ouverte. La précédente feuille de route était déjà bâtie sur ce modèle. Cette présentation permet de structurer de manière lisible nos actions, et est une manière logique et utile pour les décliner de manière opérationnelle.
Quel est l’objectif prioritaire pour la période 2025-2028 ?
A. D. : Le premier concerne la gestion des données. L’enjeu est de donner aux collègues et aux laboratoires le réflexe d’intégrer la problématique des données dès qu’ils les produisent, de façon à bien les structurer et les décrire pour faciliter leur partage. Diffuser les données de la recherche dans des archives ouvertes est un moyen d’appuyer les publications scientifiques, et permet d’être plus visible, ce qui est valorisant.
Diffuser les données de la recherche dans des archives ouvertes est un moyen d’appuyer les publications scientifiques
Nous n’avons pas vocation à déterminer quelles données sont les plus à même d’être partagées : ce sont les communautés scientifiques dans chaque discipline qui ont une expertise en la matière. Par contre, nous intervenons en support pour les aider à les partager, notamment grâce à des actions de sensibilisation et de formation.
Quels sont les autres priorités ?
A. D. : Le deuxième chantier auquel nous nous attelons porte sur l’évolution de l’évaluation de l’activité scientifique. L’Université de Strasbourg est membre signataire de la Coalition pour l’avancement de l’évaluation en recherche (Coalition for Advancing Research Assessment - CoARA). Elle s’est donc engagée vers une mise en œuvre locale des principes CoARA. Nous n’en sommes qu’au début de ce processus qui passera par une large concertation. Le but est d’opérer une transition vers une évaluation plus diversifiée et de nouveaux standards d’évaluation valorisant l’ensemble des productions académiques, tout en respectant les différences disciplinaires.
Nous voulons renforcer la publication ouverte, notamment par le dépôt sur l’archive ouverte HAL
Le dernier point sur lequel nous devons travailler est l’ouverture des publications. C’est l’un des piliers où beaucoup de travail a été réalisé par mes prédécesseurs. Il reste cependant des disparités importantes entre disciplines : dans certaines, publier sur le web est la norme tandis que, dans d’autres, en sciences humaines et sociales notamment, il est toujours de coutume de publier des monographies sur support papier ou dans des revues à support papier et numérique, mais en accès fermé. Nous voulons renforcer la publication ouverte, notamment par le dépôt sur l’archive ouverte HAL, car elle permet une diffusion plus large des travaux, mais sans pour autant renoncer au support papier dans les domaines où cela est pertinent.
Comment allez-vous mettre en œuvre les actions de la feuille de route ?
A. D.: Nous ne partons pas de zéro : il existe déjà de nombreuses initiatives pour aider les collègues à s’inscrire dans une démarche de science ouverte. L’enjeu est de faire connaître cet existant : il faut insister sur la communication en interne auprès des enseignants-chercheurs et des laboratoires. Nous devons acculturer la communauté à la science ouverte, faire savoir à tous les collègues, notamment ceux qui travaillent dans des unités mixtes de recherche et sont rattachés administrativement à un autre organisme de recherche que l’Unistra, que les services de l’université peuvent les aider et leur proposer des solutions.
Les 7 piliers de la feuille de route
- Pilier 1 : Futur de la publication scientifique et édition ouverte ;
- Pilier 2 : Gestion et partage des données et des logiciels de recherche selon les principes FAIR ;
- Pilier 3 : Infrastructures permettant la mise en œuvre de la science ouverte ;
- Pilier 4 : La formation en science ouverte et le partage des compétences des acteurs en interne ;
- Pilier 5 : Évolution de l'évaluation de l'activité scientifique ;
- Pilier 6 : Intégrité scientifique liée à la science ouverte ;
- Pilier 7 : Recherches et Sciences participatives.
Retrouver le détail des actions pour chacun de ces piliers sur le site de la science ouverte.
Open access month : un mois dédié à la science ouverte
Du 16 septembre au 27 octobre, l’Université de Strasbourg organise l’édition 2026 de l’Open Access Month : une série de rencontres, formations et rendez-vous pour découvrir, approfondir et échanger autour du libre accès et, plus largement, de la science ouverte.
Personnels, chercheuses et chercheurs, enseignantes-chercheuses et enseignants-chercheurs, doctorantes et doctorants pourront y découvrir le contenu de la feuille de route, le baromètre de la science ouverte, mais aussi participer à des ateliers sur l’exploration de jeux de données ouvertes à l’aide d’API ou bien encore se former à l’utilisation de l’archive ouverte HAL.
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