Par Edern Appéré
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Serre de Bary : une rénovation en ligne de mire

Patrimoine hérité de l’époque impériale, la serre de Bary nécessite de lourds travaux pour retrouver sa splendeur d’antan. Bonne nouvelle, la collecte de dons pour lancer le chantier s’accélère : un million d’euros a été sécurisé auprès des donateurs et de l’Université de Strasbourg, somme qui sera notamment complétée par les recettes du loto du patrimoine.

Vendredi 18 septembre, toutes les parties prenantes de la restauration de la serre de Bary étaient réunies au Jardin botanique pour faire un état des lieux du chantier et de son financement. Sous un ciel gris et des nuages menaçants, c’est une pluie d’annonces et de chiffres qui a eu lieu pour évoquer le montant prévisionnel des travaux et les sommes récoltées ou en passe de l’être.

Nous avons d’ores et déjà sécurisé 1 million d’euros dont près de 600 000 euros auprès de 400 donateurs, s’est félicité Thomas Heckel, directeur de la Fondation Université et Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Une annonce suivie quelques minutes plus tard de celle de Nicolas Matt, vice-président Patrimoine de l’université : L’établissement va investir 400 000 € sur fonds propres pour rendre possible cette rénovation. C’est un crève-cœur de ne plus pouvoir faire fonctionner la serre de Bary qui est le joyau au centre de ce magnifique écrin qu’est le jardin botanique. 

Le loto du patrimoine, un catalyseur

Autre source de financement, le très médiatique loto du patrimoine, où la serre de Bary figure cette année. Véronique Witwicki Keif, déléguée régionale de la Fondation du patrimoine qui pilote cette opération a précisé les retombées à prévoir par ce biais : Le loto du patrimoine a été lancé le 8 septembre. Avec huit tirages ainsi que la vente de jeux de grattage, il devrait permettre de récolter entre 100 000 et 300 000 € pour la serre. Le montant exact sera connu au mois de décembre. Au-delà de cette somme, le loto du patrimoine est un catalyseur, il donne de la visibilité et un élan pour lever des fonds. 

Le montant total des financements avoisine les 1,6 million d’euros

Une dynamique sur laquelle l’université compte capitaliser. La serre de Bary a ainsi été sélectionnée par le Fonds Axa pour le Progrès humain et figure dans la liste des projets de restauration soumis au vote des internautes, avec à la clé, 100 000 € si l’édifice est lauréat pour la région Nord-Est. Les Journées européennes du patrimoine, organisées les 19 et 20 septembre, ont été marquées par l’annonce de l’attribution d’un soutien exceptionnel de 300 000 € par l’Eurométropole de Strasbourg pour donner un coup d’accélérateur au projet. 

Le montant total des financements avoisine les 1,6 million d’euros. Un chiffre en constante augmentation : les dons des particuliers continuent d’affluer depuis les journées du patrimoine et la Fondation travaille activement à l’obtention de nouveaux grand dons. 

« Quand on voit un nénuphar géant étant enfant, on s’en souvient toute sa vie »

Plusieurs entreprises alsaciennes se sont positionnées pour faire des dons en nature et intervenir sur la ferronnerie, le chauffage, la maçonnerie, les espaces verts…, indique Mathieu Mensch, historien et chargé de mécénat patrimoine au sein de la Fondation. L’idéal serait qu’une entreprise se propose de rénover le vitrage. Ce serait une formidable vitrine, car la serre se trouve dans un jardin qui attire déjà 90 000 visiteurs par an, encore plus si la serre était restaurée et accueillait un nénuphar géant !

Les équipes du Jardin botanique et de la Faculté des sciences de la vie, la gouvernance de l’université et de nombreux strasbourgeois appellent de leur vœux la concrétisation de ce chantier. Tous aimeraient pouvoir admirer de nouveau le nénuphar géant Victoria amazonica, pour lequel la construction a été érigée de 1880 à 1884. Quand on voit un nénuphar géant étant enfant, on s’en souvient toute sa vie, plaide Frédéric Tournay, responsable des collections du jardin. Un objectif qui se rapproche de jour en jour, mais qui ne se concrétisera qu’avec un élan collectif.

3,5 millions d’euros de travaux

Un bâtiment de 150 ans encore sur pied, c’est une chance, mais c’est aussi synonyme d’importants travaux de rénovation, souligne Pierre Dufour, architecte en chef des bâtiments de France qui a expertisé la serre. Et pour cause, le bâtiment a été construit sur un terrain qui résiste peu à la charge, ce qui provoque un tassement des fondations : la serre s’enfonce, mais pas de manière homogène. Le bassin est fissuré, la charpente en métal s’est déformée. Le vitrage, fragile, devra être complètement remplacé par du verre plus résistant.

Le coût des travaux est estimé à 3,5 millions d’euros. Ce sont des investissements importants, car les problèmes inhérents à ce type d’architecture demandent une grande technicité. Néanmoins, ces travaux ont pour vocation de permettre de pouvoir continuer à admirer la serre d’origine, classée aux monuments historiques, et non une reconstruction plus ou moins fidèle à l’original, comme c’est le cas à Bâle par exemple. C’est ce qui permettra de restituer le côté unique de cette serre, l’une des rares encore debout en Europe !

Participez à la restauration et la valorisation de la serre de Bary

Dotée d’un bassin central chauffé de sept mètres de diamètre, la serre de Bary est dédiée à la culture du nénuphar géant d’Amazonie (Victoria amazonica), célèbre pour ses immenses feuilles flottantes et ses fleurs éphémères qui ne s’épanouissent que durant deux nuits.

Construite à la fin du 19e siècle sous le nom de « Victoriahaus », elle s’inscrit dans le vaste ensemble botanique créé sur le campus impérial de Strasbourg pour l’enseignement et la recherche, supervisé par le botaniste Anton de Bary et conçu par l’architecte Hermann Eggert. 

Unique élément subsistant de l’ancien complexe monumental des serres, elle est aujourd’hui la plus ancienne serre Victoria en France et la seule en Europe datant de la fin du 19e siècle.

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