Oser l’interdisciplinarité : quand les idées se rencontrent
« Notre objectif secret, c’est que vous fassiez de belles rencontres et peut-être envisagiez de nouvelles collaborations ». Dès les premiers mots de Laurent Nexon, manager d’un Institut thématique interdisciplinaire (ITI) le ton est donné. À la Manufacture de Strasbourg, le 9 avril 2026, la journée « Oser l’interdisciplinarité », organisée par les managers ITI, réunit post-doctorants, chercheurs, et enseignants-chercheurs parfois responsables d’unités autour d’un défi aussi simple qu’ambitieux : faire dialoguer les disciplines. Ambiance.
Trouver un langage commun
Conserver des vaccins à température ambiante, numériser des plantes en 3D, comprendre l’impact de la fiction sur notre rapport à l’écologie, détecter les émotions chez des patients cérébrolésés ou encore décrypter les mécanismes de la dépendance aux opioïdes… Comment faire émerger un projet commun à partir de préoccupations aussi éloignées ? La matinée commence ainsi par un exercice essentiel : traduire sa discipline pour les autres. Trois mots-clés pour décrire son expertise, trois autres pour ses centres d’intérêt. Puis vient la reformulation croisée : expliquer la recherche de l’autre avec ses propres mots.
Que reste-t-il quand on enlève le jargon ? Que comprend-on réellement de disciplines que l’on ne pratique pas ? Peu à peu, un vocabulaire commun émerge. De la biologie à la philosophie, de la physique à la linguistique, les participants esquissent les contours de leurs projets. Des idées sérieuses en côtoient de plus farfelues et c’est précisément ce qui est recherché.
L’interdisciplinarité, ce n’est pas simplement juxtaposer des regards : c’est construire ensemble, dès l’origine, un objet de recherche commun, en croisant réellement les méthodes et les savoirs
L’interdisciplinarité, ce n’est pas simplement juxtaposer des regards : c’est construire ensemble, dès l’origine, un objet de recherche commun, en croisant réellement les méthodes et les savoirs
, rappelle Suzel Meyer, manager de l’ITI Littérature, éthique et arts, lors d’un temps de mise en perspective au cœur de la journée.
De l’idée au projet
L’après-midi, place à la structuration. Pourquoi ce projet ? Pour qui ? Comment ? Avec quels moyens ? En 80 minutes, les groupes doivent transformer une intuition en proposition de recherche crédible… et pitchable. Certains projets s’ancrent dans des enjeux sociétaux brûlants comme lutter contre les fake news autour des vaccins ou imaginer des matériaux biosourcés pour lutter contre la fast fashion. D’autres prennent des chemins plus inattendus voire poétiques. Le projet Où va le grain de sable ? interroge ainsi la place de l’individu dans les dynamiques collectives : seul, il peut enrayer un système ; ensemble, il forme une dune en mouvement. Une métaphore assumée de l’interdisciplinarité ?
Quand la science devient sensible
D’autres projets se distinguent par leur capacité à faire dialoguer sciences dures et expériences humaines. C’est le cas de Développement de madeleines de Proust individualisées, qui propose d’utiliser des stimuli sensoriels personnalisés, odeurs, textures ou couleurs, pour réactiver la mémoire autobiographique chez des patients souffrant de dissociation traumatique. Peut-on soigner par le souvenir ? Adapter une « recette » sensorielle à chaque individu pour raviver son histoire personnelle ? Le public ne s’y trompe pas : le projet remporte le prix coup de cœur.
Épidermes sous pression explore, quant à lui, les interactions entre biochimie, mécano-biologie, physique et chimie des matériaux. En comparant épiderme humain et végétal soumis à des contraintes mécaniques, les chercheurs envisagent de nouvelles pistes thérapeutiques : agir sur les canaux de la peau pour soulager la douleur ou encore mieux comprendre les interactions avec l’environnement. Une approche résolument interdisciplinaire, saluée par le jury.
Si l’évènement se veut expérimental, il s’inscrit dans une réflexion plus large sur les manières de produire les savoirs. L’enjeu aujourd’hui était aussi de faire dialoguer méthodes et approches entre scientifiques de différents ITI : passer à « l’inter-ITI
, explique Pauline Vorburger, manager de la programmation ITI, une perspective d’autant plus intéressante que nous avons récemment initié un projet de recherche, mené par Bianca Vienni-Baptista à l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich) et dédié à l’étude de l’interdisciplinarité au sein des projets ITI
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A l’issue de cette journée, une chose est sûre : quand les disciplines se rencontrent, les idées, elles, n’ont plus de frontières !
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