Idex : « Désormais, il faut raisonner en termes de logique intégrative et de synergie »
L’Université de Strasbourg est lauréate de l’Initiative d’excellence (Idex) depuis 2011. Lors de sa campagne électorale, Frédérique Berrod avait pris l’engagement d’en réformer le fonctionnement. Un chantier en cours, comme l’expliquent Michel de Mathelin, premier vice-président et vice-président Stratégie et innovation, Yann Gaudeau, vice-président Finances et moyens et Audrey Kost, directrice de la Mission prospective et stratégie.
Pourquoi était-il devenu nécessaire de réformer l’Idex ?
Michel de Mathelin : L’organisation et le pilotage de l’Idex n’avaient pas connu de changements depuis 2011. À la fin du précédent mandat, nous avons fait le constat que l’Idex fonctionnait en piliers cloisonnés, d’où une une capacité limitée à dégager de nouvelles marges de manœuvres pour innover, prendre des risques et soutenir les transformations sur le temps long. Certaines actions n’avaient plus vocation à être rediscutées annuellement avec nos partenaires, les décisions prises en comité de pilotage relevaient au fil du temps plus d’un cadre opérationnel que stratégique, avec une difficulté à renouveler le modèle pour prendre en compte les nombreux projets lauréats France 2030 obtenus sur la période. L’Idex donnait l’image d’un objet à part, au fonctionnement qui n’était pas assez intégré à celui de l’établissement. Il devenait nécessaire de le réviser pour s’adapter à la nouvelle réalité de l’université.
L’Idex donnait l’image d’un objet à part, au fonctionnement qui n’était pas assez intégré à celui de l’établissement.
Yann Gaudeau : Cette réforme est devenue d’autant plus nécessaire après la pérennisation de l’Idex, en 2016. Depuis avril 2025, nous nous sommes donc mis au travail. La première étape a concerné l’élaboration du budget de l’Idex. On entre désormais dans sa déclinaison opérationnelle. C’était un engagement de campagne de la Présidente et de notre programme, nous avons réussi à réaliser ce changement important pour l’établissement.
En quoi consistent les évolutions apportées ?
Audrey Kost : Les changements touchent à trois dimensions : tout d’abord les modalités et le calendrier d’élaboration du budget de l’Idex ; ensuite, son organisation, avec la définition de nouveaux pôles ; enfin, le portage politique qui est dorénavant assuré conjointement par le vice-président Stratégie et innovation et le vice-président Finances et moyens.
Y. G. : Nous avons déplacé le processus décisionnel en matière de budget de l’Idex : désormais, les discussions d’orientation ont lieu dans le cadre du Conseil académique (CAC) puis sont présentées et validées en Conseil d’administration (CA). La construction du budget de l’Idex est ainsi supervisée par les conseils. L’ensemble du processus démarre plus tôt : les grandes enveloppes budgétaires sont pré-discutées dès les mois de juin-juillet, puis le budget est voté par le CA. Nous introduisons également un moment pour présenter le bilan annuel de l’Idex, au printemps.
L'Idex permet d'initier de nouvelles actions dans des domaines phares tels que le Développement durable et la responsabilité sociétale, l’intelligence artificielle, l’égalité-parité, la science ouverte
M. d. M. : En matière de gouvernance partenariale, nous avons remplacé le comité de pilotage par un comité stratégique avec les organismes nationaux de recherche. Cette nouvelle instance apporte une nouvelle forme de dialogue et d’interaction avec nos partenaires (CNRS, Inserm, Inria et Inrae). Chacun y présente sa stratégie et nous discutons de manière constructive afin de nous coordonner à l’échelle du site en lien avec les stratégies nationales. Par ailleurs, nous avons défini quatre grands pôles qui apportent plus de transversalité entre les vice-présidences et la direction générale des services : Formation et recherche, Pilotage des ressources, Rayonnement des territoires, Vie de campus.
A. K. : Dès cette année, nous avons demandé un effort à tous les projets et structures soutenues par l’Idex : les leviers existants n’ont été dotés que de 80% de leur budget des années précédentes pour pouvoir dégager des marges de manœuvre qui permettent d’initier de nouvelles actions dans des domaines phares tels que le Développement durable et la responsabilité sociétale, l’intelligence artificielle, l’égalité-parité, la science ouverte. Nous avons aussi choisi de rendre plus visible la part du soutien IdEx à l’international qui se chiffre à 800 000 € au total.
Comment concevez-vous l’intégration de l’Idex au fonctionnement de l’université ?
Y. G. : L’Idex est un moyen stratégique pour l’université de dégager des marges de manœuvre pour lancer de nouveaux projets et soutenir des orientations prioritaires mais non couvertes par la dotation de l’Etat. C’est un outil qui sert à faire évoluer le fonctionnement de l’établissement dans tous les domaines.
L’Idex est un moyen d’optimisation important des ressources de l’université en cette période de budget contraint
A. K. : L’Idex génère un effet levier qui permet de recueillir d’autres financements. Certaines actions sont préfigurées sur des fonds Idex, ce qui permet d’obtenir par la suite des financements grands projets, délivrés par l’Agence nationale pour la recherche (ANR) ou le Conseil européen de la recherche (ERC). Les projets Opus ou encore Sens§us ont pu démarrer ainsi. Grâce à cet effet levier, nous avons obtenu, depuis 2021, des financements France 2030 qui représentent le double des fonds Idex.
M. d. M. : Désormais, il faut raisonner en termes de logique intégrative et de synergie : on ne fonctionne plus en silos avec, d’une part, les financements de l’établissement et, d’autre part, les financements de l’Idex. Il faut penser en termes d’actions qui vont être financées à la fois par des fonds Idex, des fonds grands projets, des fonds de l’établissement, tout ceci à différents moments de leur déroulement. L’Idex est un moyen d’optimisation important des ressources de l’université en cette période de budget contraint.
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